Fin de siècle, les élèves de l’École des Beaux-Arts de Paris
Comme c'est de notoriété publique, on n'apprend plus rien dans cette école (ENSBA) et elle n'a plus aucun sens depuis longtemps.
Déjà dans les années 1980, le très contemporain Pol Bury se montrait catégorique :
"S'il était permis d'être radical, on affirmerait que l'abandon de l'académisme entraîne, par voie de conséquence, l'abandon de l'enseignement des beaux-arts. L'académisme, grâce à ses règles strictes, était forcément pédagogique, donc transmissible. Il est contraire à l'essence même de l'avant-garde de se laisser codifier, donc de se transmettre à travers un enseignement."
En avril 2023, la distinguée Nicole Esterolle titrait dans sa Gazette :
ARRÊTEZ LE CARNAGE ! IL FAUT FERMER DARE-DARE LES ÉCOLES DES BEAUX-ARTS !
Publié également sur facebook, son texte avait obtenu 28 000 vues. Ce qui, d'après elle, mesurait l’attention inquiète portée au sujet des écoles d’arts publiques, comme outil d’endocrinement et de décervelage, financé par le contribuable.
Alors que faire des bâtiments historiques de la rue Bonaparte ?
Les transformer en musée des dépôts réglementaires des élèves de l’École des Beaux-Arts de Paris.
Avec, en premier lieu l'exposition des Prix de Romes, complétée des dessins scolaires de peintres ou sculpteurs, des travaux d'élèves pour les concours du Torse ou de la demi-figure peinte, de la Tête d'expression. Toutes figures imposées par l'Académie qui témoignent, de façon incontestable, des qualités au moins techniques des élèves.
Sur un total de plus de 450 000 œuvres conservées par l’École des Beaux-Arts, 75 000 figuraient en 2017 dans la base : http://www.beauxartsparis.fr/ow2/catzarts. Celle-ci comportant aussi bien des peintures, sculptures, objets d’art, dessins de maîtres et d’architecture, que des photographies, estampes ou livres et manuscrits.
Que reste-t-il aujourd'hui de cette prestigieuse École des Beaux-Arts de Paris ?
Jusqu’aux années 1960, les Beaux-Arts reposaient sur un modèle hérité du XIXᵉ siècle : copie de plâtres, anatomie, perspective, composition, concours d’entrée fondés sur le dessin d’observation. Le dessin était considéré comme la base de toute pratique artistique, même pour les peintres abstraits.
Mais ensuite, ce que l'on a appelé l'avant-garde a valorisé l’idée plutôt que la maîtrise technique. Duchamp, puis l’art conceptuel, ont prétendu que "L’art, c’est l’idée, pas la main." Avec ce paradigme, le dessin académique est devenu suspect, associé à un art bourgeois, passéiste, et non critique. Les écoles d’art ont tout naturellement suivi et se sont transformées en lieux de réflexion, de recherche, de discours.
L'année 1968 sera décisive. Elle supprime de nombreux concours, aboli les ateliers de copie, introduit la pédagogie sur dossier, remplace les professeurs par des artistes intervenants.
Le dessin académique était perçu comme symbole d’autorité, de tradition, de hiérarchie. S’en détacher, c’était affirmer une liberté artistique. La liberté a gagné, l’art n’est plus prisonnier de la virtuosité. Les étudiants peuvent inventer leur propre langage. Ce faisant, on a sacrifié une compétence fondamentale car le dessin structure le regard, la composition, la compréhension de l’espace. En outre, la liberté sans outils peut devenir une impasse.
Sous l’effet combiné de la lenteur des réformes, de l'isolement, de la concurrence internationale, le prestige historique de l'école s’est progressivement érodé par rapport à son aura quasi hégémonique d’autrefois.
Les Beaux-Arts de Paris, au cœur du système académique et des commandes publiques, incarnaient une voie de légitimation artistique. Néanmoins, dès le début du XXe siècle, l’école est déjà critiquée comme incapable de suivre les avant-gardes, ce qui donnera l’image d’une vieille dame en retard sur son temps.
L’enseignement est resté longtemps académique, centré sur les disciplines classiques et sur le modèle de chef d’atelier, alors que d’autres écoles (Bauhaus, Black Mountain College, etc.) expérimentaient des pédagogies plus ouvertes et pluridisciplinaires.
De 1960 à 2000, les Beaux-Arts se transforment afin de se conformer à la tendance dominante, avec une ouverture aux pratiques contemporaines avec croisement des médiums, mais en conservant quelques décalages avec la scène internationale.
L'École demeure prudente au changement en raison de son prestige historique, des résistances internes et des contraintes structurelles. Le système d'ateliers, pilier de la pédagogie depuis des siècles, est défendu par plusieurs professeurs et étudiants qui y voient une marque d'identité.
Dans les années 1970 les écoles d’art évoluent en établissements d’enseignement supérieur alignés sur l’université. Le recrutement de professeurs-artistes est issu de l’art contemporain qui valorisent la recherche et le discours sur le projet, l'ancien modèle se trouve ainsi explicitement rejeté comme réactionnaire.
La technique devient synonyme de non-créativité, c’est un point rarement dit mais essentiel. Dans les élites culturelles contemporaines, le savoir-faire est souvent perçu comme uniquement artisanal, la maîtrise du dessin est associée à l’amateurisme ou à l’art commercial. La valeur se déplace donc vers le concept, le réseau et la posture critique. Autrement dit : savoir dessiner n’est plus un signe de distinction, alors que savoir parler de son travail, le devient. Les écoles publiques restent majoritairement alignées sur ce postulat conceptuel. On y forme des artistes, pas des dessinateurs et encore moins pas des techniciens de l'art.
Nonobstant, depuis une quinzaine d'années, on observe une réhabilitation avec un retour de l'intérêt pour la figuration objective, au moins dans certaines écoles privées.
L’enseignement avec l’art conceptuel officialise la primauté de l’idée sur la forme. La mission des écoles s’est déplacée de la maîtrise technique vers la production de projets et de concepts.
Le modèle académique fondé sur la copie, le modèle vivant, l’anatomie, a été considéré comme conservateur, voire réactionnaire. Les écoles ont réorienté en conséquense leurs cursus vers la recherche, la vidéo, la photo, l’installation ou toutes autres disciplines jugées plus en phase avec l’art contemporain.
Le dessin, au lieu d’un enseignement systématique, est devenu un outil parmi d’autres, optionnel ou intégré dans des unités plus larges. Par ailleurs, une partie du corps enseignant ayant été formée dans ces années anti‑académiques n’a plus, ou peu, de culture académique à transmettre, ce qui entretient le recul de cette pratique. D'autre part on observe une incompréhention notable, entre l'à priori populaire du savoir dessiner et la réalité du cursus des beaux‑arts, centré sur la réflexion critique et les pratiques subjectives et abstraites. Cette réalité nourrit, en réaction, tout un réseau d’ateliers privés, d'académies indépendantes et formations en ligne qui se spécialisent dans la reconstitution d’un enseignement rigoureux, notamment d’après modèle vivant.
Les Beaux-Arts de Paris qui ont basculé vers la logique licence‑master implique une articulation recherche-mémoire, avec jury extérieur et une forme de normalisation par rapport à l’université. La période d'avant 2000 avait déjà connu le passage du maître unique à un collège d’enseignants ponctué de parcours mobiles entre plusieurs ateliers. Après 2000, cette logique se renforce, l’atelier reste mais devient un lieu de passage articulé à des séminaires, workshops, interventions d’artistes et autres dispositifs de suivi individuel.
L’ouverture aux médiums contemporains : installation, vidéo, photo, pratiques numériques, édition, se consolide. Les études montrent une diversité d'options, d'unités de recherche, de cours théoriques, de projets collectifs, dans une logique plus pluridisciplinaire que ne l'avait été l’ancien régime académique.
Les dispositifs actuels visent la professionnalisation par des stages, on insiste sur la capacité à présenter sa démarche, à écrire, à se situer dans la scène contemporaine et l'école met en avant la nécessaire anglophonisation.
Les problèmes récurrents de gestion et d’organisation
Un rapport de la Cour des comptes portant sur la période 2001‑2011, épingle une gestion administrative déficiente, de mauvaises conditions de conservation du patrimoine, des activités jugées confidentielles, déficitaires, et un manque de stratégie.
L’école est décrite comme isolée, partageant peu de fonctions ou de projets avec les autres grandes écoles d’art, ce qui affaiblit sa lisibilité et sa capacité à se positionner comme école de niveau mondial.
Le rapport souligne un cloisonnement sur les seuls beaux-arts, à rebours de la tendance internationale à mélanger arts, design, médias et pratiques numériques. Cette spécialisation, combinée à un réseau international limité, réduit les débouchés, l’empreinte de l’école à l’étranger et sa capacité à rivaliser avec des institutions plus riches, plus diversifiées et plus connectées.
Le rapport de la Cour des comptes de 2014 pointe, quant à lui, non seulement une mauvaise gestion mais aussi un manque d'internationalisation et des budgets mal utilisés face à la concurrence étrangère. Une instabilité des directions avec plusieurs limogeages en cinq ans, et l'absence de tout contrat de performance.
La Cour formule plusieurs grandes orientations que les ministères de tutelle sont invités à mettre en œuvre pour redresser l’ENSBA :
- Clarifier la stratégie et le pilotage en définissant une orientation claire concernant son rôle dans le paysage des écoles d’art, son positionnement international, son articulation pédagogie/patrimoine.
- Conclure un véritable contrat de performance avec objectifs, indicateurs et suivi pour encadrer la gestion de l’école.
- Sortir de l’isolement institutionnel en organisant des mutualisations avec les autres écoles d’art, en valorisant des projets pédagogiques communs.
- Inscrire l’école dans une stratégie nationale pour l’enseignement supérieur en arts plastiques et la compétition universitaire mondiale, plutôt que la gérer comme une entité isolée.
- Ouvrir davantage le recrutement des étudiants et du corps professoral à l’international.
- Prendre des mesures radicales pour améliorer la conservation et la valorisation des collections (400 000 œuvres), jugées mal conservées et mal exploitées.
- Envisager un adossement à de grandes institutions (INHA, BnF, Louvre, Orsay, Centre Pompidou, etc.) pour la conservation, le catalogage, la numérisation et la restauration des collections.
- Mener une réflexion d’ensemble sur l’activité d’expositions, au bilan qualifié de médiocre, afin de réduire les déficits et de mieux les articuler à la mission pédagogique et au rayonnement de l’école.
- Mettre en place une gestion plus rigoureuse : comptabilité analytique, schéma directeur des travaux, procédures de contrôle interne, outils de programmation et de suivi des activités.
- Clarifier les responsabilités entre l’ENSBA et ses tutelles pour éviter les carences de pilotage et favoriser des choix de gestion optimisés, notamment immobiliers et budgétaires.
En filigrane, la Cour appelle les ministères à ne pas se contenter de corrections techniques, mais à engager une réforme de structure si nécessaire y compris une réforme des statuts, afin d’assurer à l’ENSBA une place cohérente et solide dans le système français et international des écoles d’art.
Jules Lefèbvre - La Mort de Priam, Prix de Rome 1861, huile sur toile, 146 X 114 cm
Propositions relatives au secteur culturel, s'inscrivant dans le cadre de la réduction du déficit public
Sur les ravages de cinquante ans de progressisme culturel auxquels les réseaux de l'art institutionnel commencent à être attentifs. Un document important pour les actuels et futurs historiens de l'art...
ARRÊTEZ LE CARNAGE ! IL FAUT FERMER DARE-DARE LES ÉCOLES DES BEAUX-ARTS
https://lagazettedenicole.art/arretez-le-carnage-il-faut-fermer-dare-dare-les-ecoles-des-beaux-arts/
Il faut fermer dare-dare les écoles d'art ! Texte publié en avril 2023. Republié sur facebook , il y a trois jours, il a obtenu 28 000 vues... Ce qui mesure l'attention inquiète...
Il faut fermer dare-dare les écoles d'art ! Texte publié en avril 2023. Republié sur facebook , il y a trois jours, il a obtenu 28 000 vues... Ce qui mesure l'attention inquiète...





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