Art contemporain, enseignement et itinéraire



L'atelier de lithographie de l'école des Beaux-Arts de Besançon

Les écoles et facultés d’art regardent leurs étudiants comme de potentiels artistes en se désintéressant des apprentissages et savoir-faire techniques. L’Education nationale, sous prétexte d’éveil, a suivi ce même principe. Pourtant, être "artiste" reste une qualification ou un état qui ne peut pas s’apprendre.

L'organisation du système éducatif et de ses contenus a parfois, hier comme actuellement, engendré critiques et contestations. Malgré la méfiance d'une partie du corps enseignants attachée au maintien des anciens fondements, une autre partie, plus novatrice, souhaitera instaurer un renouvellement des pratiques.
L'éducation artistique aujourd'hui ne repose plus sur une initiation dogmatique avec une tradition imposée que l'étudiant n'aurait pas les moyens d'évaluer ou la liberté de critiquer. Les techniques normatives et les modèles classiques ont été dévalorisés ou même rejetés, au profit d'une liberté d'expression censée favoriser la vraie créativité.
Au XIXème siècle, l'apprentissage des Beaux-Arts est transmis par le système scolaire avec pour double mission : le savoir-faire et le respect d'idéaux reconnus par la majorité des professionnels. La fonction d'une école spécialisée comme l'école des Beaux-Arts est de dispenser la technique jugée nécessaire à l'exercice d'un métier ; en formant à un métier, peintre, sculpteur ou architecte, elle inculque également les valeurs fondamentales et intellectuelles qui sont attachées à ces professions.
Par ailleurs et comme souvent en pareil cas, lorsque des doutes apparaissent sur le bien-fondé de l'institution scolaire, celle-ci tend à modifier son système pédagogique. Ces ajustements périodiques, qui paraissent d'ailleurs de nouveau d'actualité, en arrivent à mettre aussi parfois en péril ces écoles.
En effet, si au XIXème siècle l'apprentissage apparaît comme excessivement codifié, au contraire, celui d'aujourd'hui se caractérise par un manque de repères, fragilisant sérieusement la valeur et l'objectif de ses enseignements.
La pratique des Beaux-Arts, jusqu’à une phase relativement récente, a surtout reposé sur des lois académiques. C’est-à-dire sur l’étude plus ou moins rigoureux des proportions à travers la connaissance du squelette et des muscles, sur la connaissance des perspectives linéaires et aériennes, sur le rendu des volumes et des ombres, ainsi que sur une certaine idée du sujet et de la composition.
L'ambition de l’enseignant consistait déjà à transmettre, par l’intermédiaire de trois techniques principales, à savoir le dessin, la peinture, la sculpture, des techniques ayant pour but la reproduction la plus objective possible de la nature, d'un modèle vivant ou classique en plâtre.
L'interprétation personnelle, qui n'est pas du ressort de l'apprentissage, arrive logiquement en second lieu, puisqu’il faut bien reconnaître que la fonction d’une école doit être avant tout de faire passer un ensemble de connaissances pratiques.
La représentation du corps, depuis l'Antiquité en passant par la Renaissance, a toujours occupé une place centrale dans l'enseignement artistique occidental. Cet apprentissage, très codifié, commence d'abord par la reproduction de gravures, puis de plâtres issus de la statuaire antique, pour finir par le modèle vivant proprement dit. Au XIXème siècle le dessin ou "académie" d'après modèle vivant, d'abord un modèle masculin puis ensuite plus généralement une femme nue, devient d'ailleurs la dernière étape du cursus de l'école des Beaux-Arts.

Mai 1968 constitue une période charnière au niveau des formations artistiques car les anciens critères académiques, jugés trop rigides pour favoriser l’originalité et trop aliénants pour la personnalité des créateurs, se trouvent rapidement mis en cause. Les étudiants réclament la suppression du Prix de Rome, de la présence obligatoire aux cours, avec un alignement sur le système des facultés.
Ces doléances seront entendues dès 1970 ; année qui entérine, après la suppression du Prix de Rome :
- La fin d'une présence régulière aux cours, qui ne manquera pas d'engendrer, à plus ou moins long terme, un absentéisme chronique.
- La fin de l’examen de base des Beaux-Arts, le certificat d’aptitude à la formation artistique supérieure (CAFAS) qui, jusqu'alors, authentifiait une certaine maîtrise des techniques.
A partir de là, les écoles placées sous la dépendance du ministère de la Culture perdront le monopole de la formation, avec la mise en place progressive des facultés d’Arts plastiques et la création d’un cursus universitaire classique, licence-troisième cycle.
Le marché de l'art, les emplois dans ce domaine - enseignement et culture - se trouvant de tout temps très réduits, ces deux filières de formation auront comme conséquence dommageable d'accroître considérablement les effectifs des étudiants diplômés et d'en laisser bon nombre sans perspective de carrière professionnelle liée à leur choix.
Les étudiants qui choisissent les filières artistiques s'exposent inévitablement à un futur problème de débouché, et ceux, très nombreux, qui subissent l'influence de l'art contemporain encore davantage. Ce marché des oeuvres contemporaines, mis à part quelques institutions, est quasi inexistant, alors qu'il restera toujours possible avec la peinture d'intéresser, même modestement.
L'intervention au sujet de la peinture du Président d’Art Renewal Center, Fred Ross, qui s'est déroulée au Metropolitan Museum de New York en mai 2001, mérite attention. L'événement est d'autant plus évocateur que l'auteur est américain, autrement dit de la nation qui actuellement impulse les tendances à suivre.
Fred Ross, un homme d’affaires, collectionneur d’art, auteur et militant culturel américain, a fondé en 1999 l'Art Renewal (ARC), afin de défendre et promouvoir le réalisme académique.
L’ARC demeure aujourd’hui le plus grand musée en ligne dédié au réalisme, rassemblant maîtres anciens, peintres académiques du XIXème siècle et artistes figuratifs contemporains. Ross défend une vision classique et technique de l’art en critiquant vigoureusement les avant-gardes, qu’il accuse d’avoir rompu avec la tradition et la maîtrise du savoir-faire. Ses textes argumentés et militants, ont contribué à structurer un contre-discours anti-moderniste.

Le paradoxe de l'art contemporain.
La culture générale s'est démocratisée. A la version latine de la Troisième République s'est progressivement substituée la sélection par les mathématiques, aux résultats peu contestables et sans doute plus justes. Dans le domaine des Beaux-Arts, l'académisme a laissé place au "concept", forcément subjectif, donc sujet à une sélection arbitraire.
Outre les partisans de l'art moderne, les "lauréats-professionnels" de l'art contemporain ont très souvent tourné en dérision la peinture académique et dénoncé l'ancien système des Beaux-Arts. Pourtant les artistes de cette tendance, qui privilégie le conceptuel ou le minimalisme, bénéficient largement du soutien de l'administration française, véritable substitut aux Salons officiels du Second Empire et de la Troisième République qu'ils critiquent. Mais au contraire de l'art académique, en son temps incontestablement populaire, l'art contemporain n'a pas ou presque pas de public et sans l'appui des structures mises en place par l'Etat sa légitimité s'en trouverait grandement menacée.
En parallèle, après l'adoption de l'impressionnisme, puis de l'abstraction, la peinture, longtemps perçue comme un domaine réservé, s’est imposée ces dernières années comme un loisir accessible à tous. Sa pratique s’est multipliée et profondément démocratisée. En outre, tout le monde peut désormais exposer et prétendre au statut devenu anodin d'artiste puisque la technique se trouve reléguée comme simple accessoire. Quant au sens de l'oeuvre il n'est que très secondaire, voire inexistant. Dès lors, distinguer une œuvre particulière dans la masse considérable des productions paraît relever davantage du hasard que de l'intuition ; ce que confirment les sites Internet de vente aux enchères, où l'offre de tableaux semble plus importante que le nombre d'enchérisseurs.
Alors, entre ces deux voies : professionnels, en France souvent des fonctionnaires-enseignants, et des conceptuels-minimalistes d'un côté, de l'autre, des abstraits et des figuratifs, existe-t-il encore un espace de reconnaissance pour une forme d'art différente ?
La question mérite d'être posée et reste bien sûr ouverte.

Un itinéraire recommandé
La Troisième République connaît l’apogée d’une forme d’académisme avec, au sommet de la hiérarchie des genres, le "grand style" qui traite obligatoirement l’histoire ou la mythologie sur des toiles de grand format. L’Institut dicte la norme et l’obtention d’un Grand Prix de Rome représente le meilleur gage de réussite pour l’artiste.
Si désormais on admet que cette situation constitue l’art officiel de cette époque, il ne serait pas inutile de souligner le rôle analogue qu’exerce aujourd’hui la direction générale de la Création artistique.
Dans les années 1980, celle-ci a mis en place, en suivant les directives de son ministère de tutelle, le mécanisme des Centres d’Art - Fonds Régionaux d’Art Contemporain, auxquels s’associent des écoles d’art. Un mécanisme qui s’apparente au processus qui régissait par le passé, l’enseignement - le Salon - la récompense.
En d’autres termes cette Délégation s’est donnée et a reçu pour consigne d’encourager par ses aides ou par l’intermédiaire de la commande publique un type de création bien spécifique. Les liens et influences entre les divers éléments en charge des Arts plastiques rappellent donc bien l’omnipotence des membres de l’Académie de jadis et la mainmise que celle-ci exerçait sur un Prix de Rome et son corollaire, l’enseignement des Beaux-Arts, entièrement orienté vers son obtention.

Les FRAC et la Délégation aux arts plastiques
Les Fonds Régionaux d'Art Contemporain doivent se comprendre comme partie prenante du réseau des musées, des Centres d’Art et des écoles des Beaux-Arts. On remarquera que les fonctionnaires de l’Etat interviennent majoritairement au niveau des choix pour la constitution d’un patrimoine contemporain, la région apportant avant tout le budget de fonctionnement.
A partir d’un cahier des charges, une annonce est diffusée par le directeur d'un FRAC dont le rôle est celui d’un responsable artistique. Cette annonce concerne des acquisitions qui devront privilégier la jeune création, avec l’achat d’oeuvres inscrites dans la postérité des tendances minimalistes et conceptuelles, sans oublier la photographie contemporaine devenue brusquement à la mode.
La Délégation aux Arts, devenue depuis la Direction générale de la création artistique (DGCA), dispose de moyens étendus pour promouvoir ce que doit être l’art contemporain.
Ainsi, en 1994, un concours d’affiches suivi d’une campagne de diffusion dans tous les lycées et collèges de France est organisé conjointement avec l’Education nationale.
La conception de ce projet de sensibilisation à l’art actuel mené par A. Guzman, professeur aux Beaux-Arts de Valenciennes, a débouché nationalement sur la réalisation de trois grandes affiches, composées chacune d’un monochrome minimaliste avec, en surimpression, un court texte associant l’aplat de couleurs, sans autre forme de motif, et un créateur ; l’affiche blanche pour Ryman, la bleue pour Klein et la noire pour Soulages. Les inspecteurs de l'Education nationale ne manquèrent pas de recommander la présentation, à tous les jeunes collégiens et lycéens, desdites affiches, en s'appuyant sur le commentaire pédagogique suivant de monsieur Guzman :
"... C’est en cela, entre la surprise et le sérieux, comme entre le dit et le non dit, que ce projet réalisé par Agnès Tauveron, peut être un exemple du travail mené dans les écoles d’art... Ce projet pointe la distincte différence des études artistiques, la rigoureuse retenue intime et enclose de leur méthode et la nature entrevue, d’entre-deux, de leur ambition. A titre de métaphore pour la visée des enseignements artistiques, ce projet comme les autres qui auraient pu être sélectionnés, allie imagination et calcul, fait et feinte, idée et acte et répond à un cahier des charges."
Cependant, heureusement rien n'est définitivement établi ni imposé, l'école des Beaux-Arts de Valenciennes a fermé pour toujours ses portes en 2024.

L'exemple de Philippe Ramette
Témoignant sinon de l’existence d’un art officiel tout au moins d’un itinéraire recommandé. "A la Villa Saint-Clair de Sète qui m’a accueilli en tant qu’artiste-résidant après mon diplôme d'art, le directeur du FRAC Languedoc-Roussillon a montré un réel engagement en m’aidant à produire une exposition et en acquérant mes oeuvres... L’occasion depuis s’est renouvelée, notamment avec le FRAC Champagne-Ardennes. Mon contact avec ces institutions a également soulevé des questions quant aux orientations à prendre dans mon travail." Ce qui sous-entendrait que l'artiste envisage de répéter les mêmes "Tables à reproduction" en bois pour d'autres FRAC ?

L'art contemporain et son profil type
L'Oeuvre :
- Actuellement une photographie floue de genre indéterminé qui peut être de qualité médiocre mais de grand format avec, au centre, un éclairage néon qui clignote le tout sur un fond sonore répétitif.
Le Titre :
- De préférence en anglais : UNTITLED
La Démarche :
- Le processus de l'assimilation de la source lumineuse, de sa mise en valeur et de l'atténuation floue joue un rôle récurrent majeur. Les calculs parfois ironiquement exagérés ne livrent pas seulement le protocole détaillé de la propre démarche intrinsèque mais ils introduisent aussi l'aspect délibérément arbitraire et ambigu des systèmes sémantiques qui se réfèrent à eux-mêmes en s'ouvrant finalement sur des lectures multiples qui questionnent le spectateur...
L'Artiste :
- Vit et travaille à New York, appartient et est issu de la bourgeoisie aisée.
Pour appartenir à la scène de l'art occidental le talent n'est pas indispensable, par contre la connaissance du réseau est incontournable et le carnet d'adresse doit-être influant.

jeudi 19 février 2026


De tout temps, les monarques, les aristocrates ou encore les riches bourgeois aiment acheter aux artistes de renom des oeuvres souvent destinées à louer leur ego, leur réussite. Avant, ces achats permettaient au moins, à travers leur lisibilité et leur exécution, d'étonner et d'attirer le regard d'un large public. Ainsi, pour honorer ses célébrités et ses grands événements, la Troisième République intervint largement dans le domaine artistique en faisant fréquemment appel aux artistes qui doivent alors respecter les canons dictés par l’Académie et par le Jury du Salon.

Dans nos Républiques démocratiques se sont désormais quelques hommes politiques, hauts-fonctionnaires ou marchands influents, qui décident des choix de la commande publique dont le principe semble finalement immuable, à la nuance près que celle-ci peut s’affranchir à présent du goût du plus grand nombre.

A partir de 1951, cette commande publique bénéficie d’un début d’institutionnalisation avec la création du 1%. En effet, tout projet de construction scolaire ou universitaire doit comporter un programme de décoration à hauteur de ce pourcentage, hors taxe. Le champ d’application de ce principe est d’abord étendu une première fois en 1978, puis en 1981 aux constructions, extensions ou rénovations, de la presque totalité des bâtiments publics. Le budget consacré à ces achats culturels passe de 5 à 33 MF entre 1983 et 1990. Il marque aussi la politique volontariste de l’Etat en faveur de l’art contemporain, en trois dimensions, au détriment de l’image en deux dimensions.
Aujourd’hui, dans le cadre de la loi sur la décentralisation, la commande publique est essentiellement gérée par les Directions Régionales des Affaires Culturelles. Quant au choix de l’artiste, il n’y a pas de concours. La Direction Régionale ou le ministère propose un créateur dont le projet doit obtenir un aval symbolique de la collectivité territoriale propriétaire de l’oeuvre, et celui de l'ex-Délégation aux arts plastiques qui, un peu à la manière de l’Académie des Beaux-Arts du siècle passé, conserve la vision d’ensemble et impose ses orientations.
75% des oeuvres sont des "installation" ou des sculptures, que ce mécénat public demande à des artistes ordinairement déjà bien connus tels : Boltanski, Takis, César...
On notera, par soucis démocratique ou par condescendance, que quelques sièges au Conseil d’administration des FRAC restent réservés aux élus, mais ces derniers, souvent peu au fait des Arts plastiques, se contentent la plupart du temps d’entériner les propositions du Comité technique. L’élu, sait parfaitement s’accommoder des courants artistiques, même des plus rébarbatifs, il pense prouver ainsi sa largesse d’esprit et sa capacité à accéder au temple des Muses.
Cependant, l’endettement croissant des collectivités, avec la volonté affirmée de réduire les déficits, pourraient bien amener ces mêmes élus, ainsi que le ministère concerné, à trouver là une source d’économies possibles.
Déjà en 2015 un rapport, plus que jamais d'actualité, préconisait :
- de réorienter les dépenses vers des secteurs plus utiles à la préparation d'un avenir constructif, en associant toutes les administrations publiques, Etat comme Collectivités locales.
- de réexaminer intégralement l'efficacité des dépenses.
- d'accroître la mobilité des fonctionnaires et de faciliter la réduction des effectifs à la faveur des départs à la retraite.
Le ministère de la Culture et ses quelques 16.000 agents, son ex-délégation aux Arts plastiques et les régions avec les FRAC, constitueraient un excellent terrain d'expérimentation pour la mise en pratique des mesures dudit rapport.
Toujours à propos des sommes allouées aux achats publics et selon Raymonde Moulin qui a publié un ouvrage intitulé "La Valeur de l’Art", la répartition des crédits s’est surtout effectuée en faveur de l’excellence artistique internationalement définie donc, par le fait même, onéreuse. Les institutions françaises se sont appuyées sur un consensus de reconnaissance internationale faisant ainsi, fût-ce involontaire, la part belle aux artistes étrangers. D’après la sociologue, en même temps qu’à l’institutionnalisation de l’art, on a assisté à la fonctionnarisation de spécialistes. C’est l’Etat qui, par sa politique de formation et de recrutement établit le pouvoir de ses experts, qui exercent ensuite un contrôle sur les collections et des institutions comme le Fonds national d'art contemporain (FNAC) ou les FRAC.

Rappel de ces années fastes, 1965-2010
La construction de la Bibliothèque Nationale de France a été l'occasion de concevoir un programme de commandes publiques et du 1% d'une ampleur exceptionnelle : 2.287.000 €. Parmi les six créateurs choisis pour investir ses murs on trouve bien entendu l'incontournable Viallat, mais aussi l'exception figurative qui confirme la règle, le peintre Garouste.
Les carrières des lauréats bénéficiaires de la commande publique se déroulent suivant un parcours balisé : expositions organisées par des commissaires-critiques en vue, si possible à Londres, Berlin, New-York, et grandes manifestations comme celles de Venise ou Kassel, dont les jurys tiennent le rôle d'académies informelles.
D'autres voies sont possibles : l’ex-association française d’action artistique (AFAA créée en 1922), un opérateur délégué du ministère des Affaires étrangères et du ministère de la Culture pour les échanges culturels internationaux, aide dans les domaines des arts visuels, de la scène, de l’architecture, du patrimoine et de l’ingénierie culturelle.
Longtemps dirigée par Olivier Poivre d’Arvor, l’AFAA était largement financée par les pouvoirs publics français. En relation avec les différents milieux professionnels culturels, l’AFAA travaillait sous forme de conventions avec des Directions régionales d’action culturelle (DRAC). Cette mise en commun des moyens et des expertises permettait, en principe, de faire découvrir à l’étranger des artistes français et d’accueillir, en retour, des créateurs du monde entier.

Les favoris de la commande publique
Viallat, Bioulès, Dezeuze, ces artistes alors très en vue, prétendent démystifier l'objet artistique, autrement dit la peinture, mais aucun ne s'est jamais opposé aux achats de l'administration. De la même façon ces membres, soi-disant révolutionnaires et instigateurs de support-surface, ont accepté, lorsqu'elle leur était proposée, l'opportunité confortable d'enseigner dans les écoles d'art.
Claude Viallat représente l'archétype même de ces artistes bien installés, d'abord directeur de l'école des Beaux-Arts de Nîmes, puis artiste-enseignant aux Beaux-Arts de Paris, celui-ci n'a bien entendu jamais connu les incertitudes du marché et n'a pas davantage remis en cause son état de fonctionnaire. Les enseignants, adeptes de Support-Surface, sont désormais en retraite mais ils ont souvent été remplacés par leurs élèves.
Si durant toute la seconde moitié du XIXème siècle l'enseignement des Beaux-Arts procédait du néoclassicisme, celui d'aujourd'hui dérive délibérément du conceptuel-minimalisme qui tient lieu de néoclassicisme.
A l'occasion, support-surface dispense aussi ses théories en baptisant, sérieusement et très pompeusement, ses travaux de "peintures fondamentales ou analytiques", mais ce serait sans doute le terme de déconstruction qui conviendrait le mieux, car lorsque leurs travaux s'éloignent de l'aspect décoratif, ils renvoient à une matérialité des plus élémentaire.
Alors, compte tenu de la pauvreté de la recherche et, d'autre part, du faible intérêt international suscité par le groupe, on peut légitimement s'interroger sur ce que retiendra réellement l'histoire de l'art dans quelques années de ce mouvement franco-français ?

L'exemple Viallat, Honneger, Rouan
La cathédrale de Nevers a vu ses vitraux contemporains être inaugurés officiellement le 9 octobre 2010.
La cathédrale Saint Cyr - Sainte Julitte domine la ville, elle connut un destin mouvementé et les bombardements alliés de 1944 détruiront une grande partie de l'édifice, la plupart des vitraux et du mobilier. Les travaux de restauration s'étaleront sur trente ans avant que le ministère de la Culture ne décide d'un aménagement des vitraux.
Le projet débute en 1976 avec la réalisation des vitraux des trois baies du chœur roman de la cathédrale par trois maîtres verriers, d'après des dessins de Raoul Ubac. Achevé après le décès de l'artiste ce premier chantier se poursuivra, sous la présidence de François Mitterrand, avec d'autres artistes et d'autres maîtres verriers. Les vitraux du transept roman seront conçus par Jean-Michel Alberola, le seul artiste ayant apporté une réponse figurative en rapport avec l'édifice ; ceux des fenêtres basses de la nef seront de François Rouan et ceux de la partie haute du minimaliste Gottfried Honneger. La place de choix, le choeur gothique, étant dévolu aux empreintes répétitives de Claude Viallat, supposées évoquer la Jérusalem céleste et "faire vivre la pierre" ?

A l'époque on forme également des collectifs
BMTP, c'est-à-dire Buren, Mosset, Parmentier et Toroni. La version franco-suisse de l'art minimal, tendance Dada contestataire, revisitée par la politique et groupe particulièrement choyé par les institutions françaises.
Arte Povera avec Boetti, Merz, Kounellis. Le critique Germano Celant organise en 1967 la première exposition d'Art Pauvre à Gênes. Les conventions n'existent plus, les matériaux bruts : tissus, plaques de tôle, charbon sont accrochés au mur ou posés en tas, à même le sol.



Sommaire Art contemporain, 1996


mercredi 18 février 2026


Alors que beaucoup se sont étonnés du silence d'Emmanuel Macron au sujet de la polémique Jack Lang, empêtré dans l'Affaire Epstein, le Canard Enchainé nous apprend que l'ex-directeur de l'Institut du Monde Arabe a organisé au sein de la structure en 2024 une exposition des œuvres de Laurence Auzière, qui n'est autre que la belle-fille du Président de la République.

L'achat d'oeuvres par les institutions permet à une poignée d'artistes de ne se consacrer qu'à leur art. Pour d'autres, plus nombreux, une représentation imagée et traditionnelle de l'environnement constitue l'assurance d'un gain généralement modeste mais régulier.
Toutefois, et malgré ces positions opposées, la plupart des artistes souhaitent que leurs oeuvres soient exposées, reconnues et si possible rémunérées, et il demeure difficilement contestable que la reconnaissance sociale de tout créateur vivant consiste aussi pour celui-ci à trouver sa place sur le marché.
Le pouvoir quant à lui, qu'il se prétende socialiste ou libéral, à défaut d'être toujours soutenu, cherche naturellement à être suivi et obéi ; artistes et oeuvres d'art peuvent constituer des auxiliaires complémentaires de communication.
En fonction de leurs ambitions, les artistes sont souvent amenés à se déterminer par rapport à ce pouvoir, qu'il soit politique ou commercial, qu'ils choisissent de le servir, de le contester ou de l'ignorer. Ils sont également appelés à se positionner envers l'art dominant de leur époque, c'est-à-dire aujourd'hui la tendance conceptuelle et minimaliste.

En France, ces relations prennent une sens tout particulier : révolutions ou, tout au moins, changement de majorités ne sont pas rares et il paraît difficile d'échapper au débat sur l'avenir politique et social du pays, notamment en regard de l'héritage de 1789 et de ses principes.
Avant la Révolution, les artistes échappent rarement au statut de courtisan ou aux commandes de l'Eglise. En tout cas, pour les plus reconnus d'entre eux. Après, et en particulier au XIXème siècle, ceux qui relèvent de l'Académie, sont plus ou moins au service du Second Empire puis de la Troisième République. Désormais, pour être soutenu, il faut appartenir au courant conceptuel-minimaliste.
La République actuelle entérine en quelque sorte une tradition française, déjà mise en oeuvre par le pouvoir royal, poursuivie par l'Empire, et qui est ensuite marquée par l'engagement de l'Etat en faveur de l'art et de la culture. Dès lors, cette spécificité nationale ne cessera plus de susciter débats et controverses.

Les premiers musées publics français, la plupart du temps issus de la Révolution de 1789, ont été créés dans le but de montrer au plus grand nombre les principales oeuvres des collections royales. Leurs fondateurs poursuivaient un objectif pédagogique, moral, mais également politique. Ils se plaçaient surtout dans une perspective historique, ce qui écartait en règle générale la présentation d'oeuvres d'artiste vivant.
La seconde moitié du XIXème siècle verra émerger la notion d'art "contemporain" qui contribuera involontairement à l'apparition d'une avant-garde, groupe extrêmement restreint et en marge de l'art officiel d'alors, l'académisme.
Mais en 1929, l'isolement de ces artistes d'avant-garde commencera à se briser avec la fondation du musée d'art moderne de New York, spécialement conçu pour les recevoir. Depuis, les institutions de ce type se sont multipliées dans le monde occidental, en exerçant bien entendu une action déterminante à travers les achats et les expositions, ce qui a fini par établir, puis officialiser, une nouvelle norme esthétique.

A partir de là et dans son principe, la politique française du mécénat public en épousant fidèlement ce nouveau modèle, ressemble ainsi étrangement à ce qu'elle était à la fin du XIXème siècle. A l'influence tendancieuse des Salons de la Troisième République et du Second Empire s'est substitué le réseau des Fonds et Centres d'art, toutefois avec le public en moins - détail d'importance - qui hypothèque grandement la légitimité de l'art officiel d'aujourd'hui : le conceptuel-minimaliste.
On peut également noter que l'exception culturelle française dont on entend parfois parler, en tout cas dans le domaine des arts plastiques, semble toute relative ; les musées d'art moderne et contemporain - Centre Pompidou, FRAC - n'ont finalement fait que reprendre, plus ou moins consciemment, les tendances proposées par le musée new-yorkais.

Le Centre Pompidou, les FRAC, sont-ils réellement sous influence ?

Le Centre Pompidou, les FRAC et le MoMA, c'est-à-dire le musée d'art new-yorkais, entretiennent des liens relativement étroits. Ils évoluent dans un champ où le MoMA est devenu un acteur hégémonique, ce qui crée des effets d’alignement, de résistance ou de repositionnement. Le MoMA cherche naturellement à renforcer la position de New-York comme capitale mondiale de l’art en produisant la valeur symbolique des oeuvres qu’il achète. Ce faisant, il fabrique le marché plus qu'il ne le suit.
L’idée que le Centre Pompidou ou les FRAC seraient sous influence revient souvent, mais elle simplifie un jeu de relations stratégiques et historiques caractérisé par des politiques d’acquisition et de médiation parfois différentes.
Le MoMA se présente néanmoins comme le modèle international qui a concrétisé, dès les années 1930, une présentation particulière de la modernité occidentale reposant sur quatre créateurs emblématiques : Picasso–Matisse–Pollock–Warhol. Sa puissance financière et médiatique lui a permis d’imposer des standards qui ont largement contribué à définir ce qu’est une collection d’art moderne et contemporain.
Même les institutions françaises les plus critiques du modèle américain ne peuvent totalement s’affranchir du "canon" défini par le MoMA, qui reste un producteur de légitimité internationale, un acteur du marché via ses expositions et ses rétrospectives.
Ainsi, quand le MoMA consacre un artiste, les FRAC l’achètent plus facilement. Quand le MoMA réécrit l’histoire, les musées européens réajustent leurs récits. Quand le MoMA restructure ses collections en 2019, le Centre Pompidou observe et réagit.

Dans la plupart des pays, l'Etat a peu d'emprise sur le secteur des affaires culturelles. A ce titre, et après la création des musées nationaux et l'impulsion définitive donnée sous le ministère Malraux entre 1958 et 1969, la France échappe à la règle.
L'Etat français assure globalement un tiers des dépenses, le reste provenant des collectivités locales et territoriales, essentiellement des communes. Par ailleurs, dans le cadre de la régionalisation, la gestion des crédits du ministère passe souvent par le truchement des Directions Régionales d'Action Culturelle.
Néanmoins, il faut souligner que la part la plus conséquente du budget de la Culture reste affectée aux dépenses de fonctionnement des grands établissements publics que sont l'Opéra de Paris, la Bibliothèque de France, le Louvre, le Centre Pompidou...
On peut aussi constater que l'objectif initial de démocratisation de la culture a fini par s'essouffler. Dans le domaine des Arts plastiques, force est de remarquer le peu d'attention accordée aux oeuvres contemporaines par le public. Il est vrai que l'avant garde en rompant avec l'Art au sens propre du terme, rend les impostures toujours possibles et le manque de repères évident.
D'autre part, les éléments de continuité dans l'orientation de la politique culturelle, malgré les changements de ministres, sont tout à fait notables déjà et sans doute à cause de la permanence des groupes de pression. On peut penser que les mêmes professionnels reconnus et bien en place souhaitent rester, quelle que soit la tendance, gauche ou droite, les mêmes interlocuteurs incontournables et privilégiés des pouvoirs publics.
Ces artistes et marchands établis peuvent parfaitement compter sur l'inertie de la machine administrative française, mais aussi sur la relative permanence des modes internationalement définies, en tout premier lieu par les États-Unis et le MoMA.


Dans le cas d'une dissolution volontaire ou statutaire de l’association de gestion, un ou plusieurs liquidateurs sont nommés.

Conformément à la loi, l’actif net : "la collection", est dévolu soit à une autre association poursuivant des buts similaires, soit à un organisme public ou parapublic comme un musée.
Dès lors, et sous certaines conditions, il sera possible de remettre sur le marché de l’art une partie des oeuvres contemporaines acquises par les FRAC, ce qui serait une première et intéressante remise en cause des valeurs, même si en l’occurrence elle n'est que matérielle. De telles ventes, dans la mesure où elles auraient effectivement lieu, confirmeraient également de manière tangible le bien-fondé des achats passés.
Cependant, on peut craindre, semble-t-il avec raison, que la cote de ces acquisitions ne soit orientée qu’à la baisse et qu’autrement dit le gaspillage de l’argent public soit bel et bien avéré.
Que la seule et authentique question à venir soit :
Mais comment l'administration en est-elle arrivée à acheter tout cela ?

Peut‑on légalement vendre les collections d’un FRAC ?
En théorie oui, les FRAC ne sont pas des musées au sens du Code du patrimoine. Ils représentent des collections publiques non muséales, appartenant aux Régions ou à des structures associatives financées par elles. Cela signifie que leur collection n’est pas juridiquement inaliénable comme celle d’un musée de France.
La vente est donc possible, mais uniquement avec l’accord de la Région ou de la structure gestionnaire et dans un cadre strict de transparence, d'absence de conflit d’intérêt et de respect en principe des artistes et du marché.
Aucun FRAC n’a jamais engagé une telle politique de vente, en contradiction d'ailleurs avec leur raison d’être : constituer un patrimoine public contemporain, le diffuser, le prêter, le conserver.

Les FRAC ont été conçus comme des outils de politique culturelle, pas comme des sanctuaires patrimoniaux. Alors faut‑il autoriser et encourager les ventes ? Cette question revient assez régulièrement, notamment afin d'alléger une dette structurelle, pour réduire des collections hypertrophiées, ou pour gérer des œuvres devenues encombrantes comme certaines installations.
Mais en France, l’idée de céder des œuvres publiques reste taboue car elle évoque la marchandisation, la perte de contrôle public et surtout le risque d'une dérive financière accompagnée d'un discrédit politique.

Que se passerait‑il pour les artistes et pour le marché de l’art si les FRAC vendaient une partie de leurs collections ? C’est un scénario hautement spéculatif, mais il permettrait aussi de révéler les tensions entre création, marché et politique culturelle.
Pour les artistes ce serait une perte de légitimité institutionnelle et économique, une acquisition par un FRAC ou un musée est aujourd’hui un label de reconnaissance, un signal fort pour les galeries et les collectionneurs. Si ces institutions commencent à vendre ou plutôt à essayer, l’acquisition perd son statut et l’artiste peut craindre que son œuvre soit désavouée, la valeur de l’achat initial risque bien de s’effondrer.
Si une œuvre parvient à être vendue, l’artiste peut être perçu comme déclassé, moins en vogue, mais le pire serait que la création en question ne trouve pas preneur. Dans un marché où la réputation conditionne tout, cela fragilisera la cote, découragera les galeries, réduira les invitations à exposer.
Deux scénarios s'opposent : l'un négatif, le plus probable, la vente publique d’une œuvre institutionnelle peut créer un signal de désengagement et provoquer un effet domino sur les collectionneurs.
L'autre positif, une vente peut relancer l’intérêt, créer un événement médiatique, attirer de nouveaux acheteurs. Mais la collection des FRAC rend ce scénario peu probable.

Changer le paradigme de l’art contemporain en équilibrant les collections, en les adaptant à l’évolution des pratiques et des demandes ?

Une augmentation de l’offre sur le marché engendre fatalement une pression sur les prix, si des centaines d’œuvres arrivent sur le marché, elles créent une surabondance, tirant les prix vers le bas, surtout pour les artistes vivants. Le marché français, déjà fragile, pourrait en souffrir. On assisterait sans doute à un renforcement du rôle des maisons de vente qui accentuerait la logique marchande, au détriment de la logique patrimoniale. Les artistes seraient évalués selon leur performance financière, on glisserait alors vers un modèle anglo‑saxon, éloigné de la tradition française.
Les musées et les FRAC sont perçus comme des gardiens du patrimoine, des sanctuaires de la création et la vente d'oeuvres remettrait en cause leur légitimité, leur rôle, et confirmerait une perte d’autorité doublée d'une crise de confiance. Par ailleurs les élus, en ciblant en premier lieu les œuvres polémiques, demanderont sûrement des cessions pour financer d’autres politiques et les institutions deviendront tributaires de leurs requêtes.
Dans la mesure où les FRAC avalisent résolument un régime de vente, ce ne serait pas seulement une affaire de collections, tout l’écosystème de formation, de légitimation et de médiation en serait impacté.
Les Écoles d’art d'abord, avec une pédagogie sous pression et un réalignement des modèles, avec montée en puissance des cours sur l'économie de l’art, la stratégie de carrière, au détriment d’une certaine utopie de l’artiste libre et autonome. Jusqu’ici, on pouvait dire à un étudiant : Entrer dans une collection publique, c’est entrer dans l’histoire. Si les œuvres peuvent sortir, le récit devient : Tu es en permanence renégociable.
Les écoles qui entretiennent des liens étroits avec les FRAC, les résidences en Centre d'art, devront en outre assumer l'obsolescence de leurs diplômes.

Les collections des FRAC
Ces collections participent d'un même principe et se ressemblent donc toutes, quel que soit la Région, avec une influence nord-américaine omnipotente.
Elles sont disparates, ne possèdent pas de réel fil conducteur et pas davantage de sens. Le plus dommageable étant encore que celles-ci constituent une véritable atteinte à la démocratie la plus élémentaire. Les achats, sur fonds publics, sont décidés arbitrairement par quelques personnes, à partir d'une liste d'artistes représentatifs de l'influence du moment, pour être ensuite imposés à tous.
Le public, considéré sans doute comme mineur, n'est jamais consulté et peu importe si les lieux d'exposition manquent de fréquentation, l'essentiel étant pour la Région de montrer son ouverture à l'Art, fut-ce de manière caricaturale et complètement impersonnelle.

OPINIONS - L'ANNIVERSAIRE DES FRAC OU LE FRIC-FRAC DE LA CULTURE
par Michel de Poncins et Jérôme Serri


mardi 17 février 2026





L'Art, de tout temps, a principalement été le fait du "Prince" et dans les années 1980 l’Etat français a décidé de renouer avec une tradition, chère à l'Ancien Régime mais aussi à la Troisième République, celle de l’achat et de la commande publics.
L’Art académique ou "Pompier" d’alors se devait de respecter les critères dictés par l’Académie des Beaux-Arts. Aujourd’hui, la Délégation aux arts visuels, nouvelle instance de tutelle du goût, adopte des règles plus internationales mais dans le genre toutes aussi strictes et, généralement, elle ne considère comme vraiment contemporaines et digne d’attention que les oeuvres à caractère conceptuel, cela, au détriment de la peinture au sens propre du terme.

Les artistes - non plasticiens - avec en tout premier lieu ceux qui demeurent attachés à la figuration, se trouvent donc la plupart du temps oubliés, voire dévalorisés, par les institutions soutenues par cette Délégation aux arts.
Les pouvoirs publics, principalement par la création des Fonds Régionaux d’Art Contemporain et des Centres d’art, ont largement subventionné et favorisé les créations de type expérimental et conceptuel. A tel point, que tout artiste revendiquant la peinture de chevalet se trouve systématiquement relégué au rang de simple amateur pratiquant un banal et vulgaire loisir.
En littérature, même s'il reste toujours préférable d'appartenir à certaines professions, il semble au moins que l’État n’intervienne pas dans le choix des ouvrages à éditer, à chaque auteur de trouver sa place sur le marché, son éditeur, au risque d'ailleurs de finir au pilon. Pour les Arts plastiques, il n’en va pas ainsi. Le ministère de la Culture, par la filière de ses conseillers, oriente les tendances sans soucis du public, en encourageant les manifestations dites "d’avant-garde". Cet état de fait révèle une attitude peu tolérante et injuste pour la peinture qui revêt aussi d’autres formes que les traditionnels "chromos" ou aquarelles au caractère peut-être commun mais souvent populaire. Elle pourrait même, pourquoi pas, à défaut de concept porter du sens avec un message.

Le débat n’est certes pas nouveau, l’académisme a un temps occulté l’impressionnisme naissant, mais le problème sur la question centrale de la pensée officielle, sorte de pensée unique en matière de création, existe bien toujours et l’histoire se répète. Les commissaires d’expositions dites contemporaines continueront encore quelques temps à rejeter, souvent sans même les connaître, les formes d’art n’entrant pas dans le cadre de leur internationale modernité.
Dès lors, le plus simple et finalement le plus équitable, le plus démocratique, serait sans doute pour les pouvoirs publics d’intervenir le moins possible dans le domaine des Arts.
A bien y réfléchir, les avantages paraissent l’emporter sur les inconvénients. Ainsi, au niveau des 22 Fonds Régionaux d’Art Contemporain, les économies réalisées par l’État et les régions seraient substantielles, les partis pris et les choix arbitraires évités et l’art, avec moins de commandes publiques, deviendrait davantage indépendant et libre. Il serait alors en adéquation avec le marché, même s’il reste concevable d’encourager ponctuellement et non pas systématiquement certaines formes de recherche difficilement compatibles avec les contraintes commerciales.

L’art contemporain a aboli les frontières entre les genres et le vocable "artiste plasticien" désigne tout autant celui qui se livre à des installations conceptuelles et des happenings, que l’artiste qui plus prosaïquement sculpte ou même peint. Or, si à différentes périodes de l’histoire de l’art l’équilibre règle-liberté a semblé incertain, c’est surtout la fin du XXème siècle qui consacra la recherche et l’innovation à travers la reconnaissance officielle de l’art dit contemporain.
En France, le ministère de la Culture par l’intermédiaire de ses Directions régionales et de ses fonctionnaires a choisi, résolument sans souci d’éclectisme, d’encourager par des commandes publiques, les courants essentiellement représentatifs des tendances conceptuelles et minimalistes. Cependant, les acquisitions publiques d’oeuvres non soumises à la réalité d'un large marché peuvent soutenir artificiellement telle ou telle forme de création, privilégier par exemple la résurgence du "ready-made" et ignorer totalement les autres formes d'expression. Cette position a sans doute même été facilitée par l’indifférence d'un public guère concerné, notamment par l'art contemporain ; elle a permis aussi à un petit nombre de personnes d’imposer leurs vues et d’engager des fonds publics, parfois importants, sans grand risque de contestation.

Le principe des manifestations d'art, en vogue depuis 50 ans, repose en partie sur l'idée de Marcel Duchamp qui pense que tout peut devenir artistique si le monde accrédité de l’art le décide. Les États-Unis forts de leur domination économique et culturelle , reposant sur un maillage étendu de réseaux, ont entériné le postulat de Duchamp ce qui l'a officialisé et des États comme la France se sont alors empressés de suivre.
La prépondérance des États-Unis dans le domaine de la culture, et pas uniquement, reste plus que jamais d'actualité. N'achetons-nous pas sur Amazon par le truchement de Google, tout en buvant notre Coca-Cola ? Alors face à ce genre de "soft power", faudrait-il appliquer résolument une contre-culture, un Manifeste d'indépendance ? Sans doute ! Mais la volonté politique en France fait hélas défaut.
Pourtant, au sein même de la critique occidentale le débat existe, révélateur d'une prise de conscience. Des questions se posent sur les choix esthétiques des sociétés, leurs pertinences, mais également sur les responsables et les conséquences de leurs décisions sur leurs rapports avec des amateurs dont les références et les demandes changent. La critique d'art ne doit pas être seulement attentive à l'œuvre mais aussi envers le public qui la regarde ; à défaut de l'écouter, elle doit à minima échanger et se justifier.

L'art, une simple question de mode ?
L'art contemporain part de l'hypothèse communément entretenue que celui-ci fait partie du domaine de l'Art, ce qui manifestement n'est plus le cas et ne l'a jamais été. En effet cet art reste uniquement un spectacle des plus marginal, qui intéresse peu ou même pas du tout. Néanmoins, pour quelques rares personnes qui possèdent de l’argent à profusion, et qui en conséquence ont déjà tout, ce type d'expression peut représenter un moyen de se distinguer, éventuellement de spéculer, ou bien plus sûrement de soigner sa vanité.
A ce propos, souvenons-nous de la "tulipomanie"*, ce nom donné au soudain engouement pour les tulipes dans le nord des Provinces-Unies, au milieu du XVIIème siècle, qui entraîna l'augmentation démesurée puis l'effondrement des cours de l’oignon de tulipe. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ?
Plus près de nous et pour évoquer la peinture académique ; celle-ci connut une mise à l'écart d'au moins un siècle, les œuvre ont été décrochées des cimaises des musées, mais comme là il restait une trace tangible, de surcroît populaire, alors elles ont été raccrochées. Mais pour l'art contemporain, sans public, qui repose sur l'immatériel concept et l'éphémère, on peut penser qu'il n'en restera rien ou presque, comme pour les tulipes.

*La tulipe : un produit de luxe et de spéculation
La première bulle spéculative de l’histoire éclate en Hollande, en février 1637 avec une forte spéculation sur les tulipes, au cours de laquelle des bulbes de tulipes s’échangeaient au même prix qu’une maison à Amsterdam.
Le XVIIe siècle marque le siècle d’or hollandais. Les Provinces-Unies, autrement dit la Hollande, constituent l’un des États européens les plus modernes, notamment en matière d’art et de culture. Sur le plan économique, la création de la Compagnie des Indes Orientales en 1602 assure le développement des échanges internationaux et du système financier du pays. Cette domination commerciale permet aux Provinces-Unies de se hisser au rang de première puissance économique mondiale.
Jusqu’en 1634, le marché de la tulipe est semblable à celui du marché de l’art. Un milieu réservé aux plus aisés où le client passe commande à un horticulteur pour faire pousser la variété qu’il désire. La commande est passée à partir de l’automne lorsque les bulbes sont plantés, et les tulipes qui attirent le plus ne sont pas les plus belles mais les plus rares. La demande pour certaines espèces favorise la formation de la bulle spéculative.
À partir de 1635, plusieurs innovations financières accélèrent le développement de ladite bulle. L’innovation la plus importante est l’introduction des billets à effet. Ces derniers précisent les caractéristiques du bulbe et son prix. Ceci permet aux acheteurs de revendre un bulbe encore en terre, en échangeant non plus le bulbe lui-même mais le billet, un papier faisant office de titre.
Les transactions augmentent et il n’est pas rare de voir un billet à effet, changer de mains à de multiples reprises avant la floraison de la tulipe.
Les contemporains parlaient d’ailleurs de « windhandel », le commerce du vent.
Plusieurs éléments psychologiques sont avancés pour expliquer les bulles spéculatives. L’un d’entre eux se nomme « The Greater Fool Theory », la théorie du plus grand fou. Selon cette idée, les investisseurs peuvent acheter un titre même s’ils sont persuadés qu’il est surévalué, car ils pensent qu’un autre individu – plus fou encore – sera prompt à le racheter plus cher. Le mécanisme fonctionne et les prix augmentent jusqu’à atteindre "le plus grand fou".
Dès lors, la bulle éclate et plus personne ne se porte acquéreur.

Marc VERAT 1996 - L’ART CONTEMPORAIN ET SES INSTITUTIONS
A chaque époque son art officiel. Parfois l'artiste l'ignore, parfois celui-ci y adhère plus ou moins et, plus rarement, s'y oppose ouvertement.
Jusqu'alors, avec les différents médias, écrits, radio et télé-diffusés, le destinataire était essentiellement passif, se contentant de choisir et de recevoir sa source d'information, sans autre participation possible.
Aujourd'hui, par l'intermédiaire de l'Internet, ce même destinataire a désormais l'opportunité de devenir un acteur actif :
En exprimant son point de vue - En traitant l'information - En la rediffusant.
Alors, profitons-en !
Sur Internet depuis septembre 1999, mise à jour en octobre 2021


lundi 16 février 2026


UN INCONTOURNABLE MINISTERE DE LA CULTURE ?

Depuis sa création en 1959, avec un ministre doté alors de réels pouvoirs cette institution, mis à part quelques actions peu contestables comme la sauvegarde du patrimoine, aura surtout bénéficié aux fonctionnaires et sans doute aussi à quelques rares connaissances des milieux artistiques.
A l’heure de la troisième génération rien n’a changé et les frais de fonctionnement sont toujours là. Cependant, au fil du temps, l’enveloppe dévolue au soutien artistique proprement dit, c'est-à-dire aux créateurs, s’est réduite comme peau de chagrin, sans parler d'un certain discrédit de l’exécutif à l'image de l'affaire Jack Lang.

C’est le général de Gaulle qui crée le ministère des Affaires culturelles. Il en confie la direction à André Malraux qui conservera ce poste jusqu’en 1969. André Malraux définit sa mission de la manière suivante :
"Rendre accessible les œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français. En assurer la plus vaste audience et favoriser la création des œuvres d’art et de l’esprit...".
A son instigation, quinze grands monuments historiques comme Versailles, le Louvre, les Invalides… seront restaurés et en 1964 l’Inventaire général des richesses artistiques de la France sera créé.
Quant à la diffusion démocratique de l'art vivant, Malraux pense la promouvoir à travers des Maisons de la Culture.
Il y a donc cinquante ans qu'André Malraux fut nommé ministre et c'est la première fois que les politiques culturelles en France sont confiées à un ministère autonome. Déjà en 1937, Jean Zay était appelé à la tête d'un ministère englobant enseignement et culture. Et au cours du XIXe siècle plusieurs personnalités jouèrent un rôle prépondérant dans l'implication de l'Etat en matière de patrimoine et des Beaux-arts, notamment Vivant Denon sous le Premier Empire et Nieuwerkerke sous le Second Empire.
Le principe d’intervention dans le domaine des arts remonte cependant aux premiers monarques. François-1er demande à Léonard de Vinci de venir s’installer en France et acquiert nombre d’oeuvres de cette période Renaissance. Plus tard, Louis XIV encourage et pensionne des artistes et des écrivains. Avec André Malraux se crée une administration unique en son genre, qui récupère les attributions du ministère de l’Industrie pour le cinéma et celles dévolues au ministère de l’Education en ce qui concerne les Arts, Lettres et Architecture.
Avec l'instauration de cette institution arrivent les premières critiques qui, au fil des ans, vont s’accentuer. Ainsi l’intervention de l’Etat dans le domaine culturel commence à être dénoncée avec plus ou moins de virulence à partir de la fin des années 80 ; le "tout culturel" nourrissant pour les uns la "défaite de la pensée" (Finkielkraut 1987) ou contribuant pour les autres à la stérilisation de la création par "l’Etat Culturel" (Fumaroli 1991).
Même Dominique Bozo, ex-responsable du Centre Pompidou, rappelle dans un rapport sur la commande publique écrit en 1988 à quel point l’art contemporain est un terrain délicat, "un terrain d’expérimentation face auquel l’Etat, fort de ses erreurs passées, a tendance à inverser ses comportements anciens pour acheter de manière désordonnée les avatars les plus fous de la création d’aujourd’hui."

Pourrait-on se passer du ministère de la Culture ?

Le supprimer serait un acte profondément politique, qui passe par des procédures constitutionnelles, législatives et budgétaires très encadrées.
Premier constat, l'institution n’existe pas dans la Constitution qui ne liste pas les ministères. Elle dit seulement que le Premier ministre dirige l’action du gouvernement et que le Président nomme les ministres.
Cela signifie qu’un ministère peut être créé, fusionné ou supprimé par simple décision politique. La suppression passe donc par un décret du Président, sur proposition du Premier ministre. C’est d'ailleurs ce qui se passe à chaque remaniement : les périmètres changent, des ministères disparaissent, d’autres apparaissent.
Exemples historiques :
Le ministère du Plan a disparu. Le ministère de la Fonction publique a été plusieurs fois fusionné ou supprimé. Le ministère de la Culture lui-même a déjà été absorbé par l’Éducation nationale en 1974.
Pour supprimer un ministère, il faut réaffecter néanmoins quelques-unes de ses missions jugées incontournables et le Parlement doit intervenir pour modifier et voter les lois.
Rien n’oblige constitutionnellement à avoir un ministère de la Culture. C’est avant tout un choix politique.
Le budget du ministère de la Culture reste composé à 80 % de dépenses obligatoires pour cause de subventions aux opérateurs nationaux : les musées, théâtres, bibliothèques, écoles d’art, d'aides au patrimoine pour les restaurations, la sécurité, l'entretien.
Concernant ses Directions Régionales des Affaires Culturelles, les régions et les villes financent environ 60 % de la culture, elles devront compenser, laisser mourir les structures ou fusionner les DRAC avec les rectorats par exemple.
La création d’un grand ministère de l’Éducation, de la Culture et du Numérique, devient aussi une piste envisageable par la mutualisation des directions administratives.
Le spectacle vivant peut parfaitement passer aux régions et les industries du cinéma devenir autonomes.

Réduire les effectifs, les dépenses de fonctionnement, les statuts protecteurs des opérateurs

La France a beaucoup plus d’opérateurs culturels nationaux que la plupart des pays européens.
Toucher aux opérateurs culturels pour faire de vraies économies, c’est le seul endroit où des gains significatifs sont possibles.
Le budget du ministère de la Culture, environ 4,5 milliards d’euros, est largement impacté par ses opérateurs. C’est là que se trouvent les masses financières, dans les musées nationaux et les établissements patrimoniaux comme le Louvre, Orsay, Versailles, le Centre Pompidou, etc. ; dans les spectacles vivants : Opéra de Paris, Comédie-Française, théâtres nationaux.
Dans les budgets des bibliothèques et archives : BnF, INA, le cinéma et l'audiovisuel. Sans oublier le réseau territorial avec les DRAC, les écoles d’art, centres chorégraphiques, et autres scènes.
Pour économiser, il faut fusionner, externaliser, régionaliser ou transformer ces opérateurs.
L’État ne garderait que le patrimoine classé, la régulation, et quelques institutions stratégiques (Louvre, BnF). Tout le reste peut être transféré aux régions ou fusionné, transformé en fondations, ou encore privatisé plus ou moins partiellement.

Transformer le ministère en secrétariat d’État n’aurait de sens que si l’on assume des transferts massifs aux régions, des autonomisations ou privatisations, des fusions et fermetures avec redéfinition du périmètre culturel national.
La réforme semble possible et salutaire au budget du pays, mais elle transforme profondément les habitudes.

CATTELAN AU CENTRE POMPIDOU-METZ




"À Rouen comme dans la plupart des capitales régionales on assiste donc à la collusion entre les autorités culturelles municipales et les nationales pour exclure et invisibiliser 95 % des créateurs indépendants actuels au profit de ceux qui sortent des tuyaux de l’appareil d’état."
"Ainsi donc, le Ministère de la Culture permet-il le détournement de la collection du Centre Pompidou en travaux, avec l'exposition pendant deux ans au Centre du même nom de Metz de Maurizio Cattelan et l’utilisation d’une somme considérable d’argent public, pour la réalisation de cette ahurissant étalage intitulé « Dimanche sans fin ». On verra une quarantaine d'extravagances les plus emblématiques de la star du financial-art Maurizio Cattelan soi-disant dialoguer avec plus de quatre cents œuvres issues de la collection du Musée."

Réformer ou supprimer !
Un nouveau rôle de l’État pour la culture. La question du ministère de la Culture est structurelle, celui-ci doit évoluer ou bien disparaître.
Avec le départ de Rachida Dati, devrait-on saisir cette opportunité pour transformer un ministère de plein exercice en un simple Secrétariat ?
Repenser ses missions, son périmètre et sa manière d’agir demeure un débat semble-t-il plus que jamais légitime ; le remplacer par un secrétariat, ou par une fusion comme par le passé avec le ministère de l'éducation, ou encore le transformer en agence nationale de la culture, restent des pistes à ne pas ignorer.
Changer le ministère de la Culture en simple secrétariat ne serait pas un geste anodin mais bien un signal politique fort, avec redéfinition des priorités de l’État, accompagnée d'une reconfiguration profonde de l’écosystème culturel.

Transformer l'institution : une opportunité ou un affaiblissement ?
L'idée circule régulièrement dans le débat public, surtout lorsque l'État, le ministère, traversent une crise ou un changement de titulaire.
Pourquoi cette interrogation revient-elle aujourd'hui ?
Plusieurs analyses récentes montrent que le ministère de la Culture traverse une période de fragilisation et d'incertitude. Les réductions budgétaires importantes, aggravées par la volonté politique actuelle de réarmement, mettent sous tension tout son système. Certains sénateurs estiment que le ministère compte peu face à la puissance des grands opérateurs culturels que sont les musées, les scènes nationales, etc.
D'autres estiment que ses missions sont exagérément éclatées entre patrimoine, création, industries culturelles, éducation artistique, médias… Le dessein serait de recentrer l’État sur quelques fonctions régaliennes comme le patrimoine et peut-être la régulation, en laissant le reste aux collectivités et en accordant davantage de place au marché, c'est-à-dire à la demande.
La critique devient récurrente :
Un appareil administratif lourd avec trop de strates, trop d’opérateurs, trop de procédures, alors qu'un secrétariat pourrait être plus souple et surtout bien moins coûteux.
La culture se développe par ailleurs en marge de l’État, via les initiatives locales, citoyennes ou privées. Ces constats nourrissent l’idée que le ministère serait affaibli ou même dépassé. La perte de légitimité démocratique de l'institution est patente, notamment dans le domaine des arts visuels où la fréquentation dérisoire, par exemple, des Fonds Régionaux d'Art Contemporain est de notoriété publique.
Son recentrage sur des missions plus ouvertes, plus libres, avec une diplomatie culturelle non soumise aux consignes internationales, restent encore et toujours une illusion.

Indications possibles de méthode et gouvernance :
- Un modèle inspiré du British Arts Council comme base ? Ses avantages : plus d’agilité, moins de politique, plus de diversité, mais avec un avis des publics sur les grandes orientations.
- Une évaluation indépendante : un organisme chargé d’évaluer les politiques culturelles (impact social, territorial, économique).
- La transparence : données ouvertes sur les subventions, les bénéficiaires, l'impact sur les territoires et les publics.
- Des opérateurs nationaux rationalisés : moins nombreux, mieux identifiés, avec des mandats clairs.
- Une coordination avec l’Éducation nationale et le Numérique.
Le patrimoine national, vecteur de tourisme et de prestige, avec ses monuments historiques majeurs : Versailles, Chambord, Panthéon…, de mémoire avec les Archives nationales, les Musées nationaux, les Grandes bibliothèques (BnF), restent des institutions dont la portée dépasse les territoires et nécessitent des budgets et une stabilité que seule l’État paraît pouvoir garantir. Les régions et départements sont déjà des financeurs d'importance mais l’État peut fixer un cadre. Une délégation plus claire éviterait les doublons et sans aucun doute les lourdeurs administratives.

* * *

La Banane de Cattelan à 6,2 millions de dollars. Plus que jamais, le musée fait l'oeuvre !
Un homme qui dit s'appeler Peter a décroché la banane, l'a épluchée et l'a mangée !
Les faits se sont déroulés samedi vers midi. Un homme qui dit s'appeler Peter a décroché la banane de l'œuvre conceptuelle Comedian, de Maurizio Cattelan, exposée au Centre Pompidou-Metz dans le cadre de l'exposition Un Dimanche sans fin. Il s'agit d'un véritable fruit scotché sur un mur et régulièrement changé. L'individu qui dit être choqué que cette œuvre soit estimée à 6,2 millions de dollars a décroché le fruit, l'a épluché et l'a mangé.
https://www.republicain-lorrain.fr/ 18 juil. 2025 à 08:04

Quelques commentaires :

eanlucstz 19.07.2025 | 09h12
L'Art à ce niveau devient une débilité sans nom, cela me fait penser aux toiles de tente exposé sur la Porte des Allemands il y a quelques années, dans un pays en pleine dérive comme l'est la France rien d'anormal ! Certains élus messins qui ont su critiquer les dirigeants du Moselle Open (dont ce sera la dernière édition cette année grâce à eux) ne disent rien sur cette "œuvre" pourtant le centre Pompidou est financé par qui ?

andrefocosi 19.07.2025 | 06h50
C'est pas grave il va en recoller une autre vu la valeur que prend une simple banane collée par un artiste. Je trouve cela complètement lunaire de donner une telle valeur à une simple banane.Vu le prix d'un kg de bananes, cela ne fera pas un énorme trou dans le budget du centre Pompidou.

pseudosansansnom 18.07.2025 | 16h20
"estimée à plusieurs millions de dollars"
Avec cette argent, l' "artiste" pourrait en faire don aux enfants qui ont faim dans les Pays pauvres...

rschneider5722 18.07.2025 | 13h57
Et dire que l’on apprend aux enfants à ne pas gâcher la nourriture !

Emmanuel 18.07.2025 | 10h49
Cet homme est un génie de l'art contemporain. Un peu comme l'enfant qui, alors que tout le monde voulait être roi, a fini par voir que le roi était NU.
Cet autre homme qui a croqué la banane est également artiste et sa cote est au moins le double de l'œuvre en question. Bravo les artistes !


De : Nicole Esterolle <nicole.esterolle@yahoo.fr>
Envoyé : samedi 7 juin 2025 18:51

UNE CRUELLA D’ENFER À LA DIRECTION DU CENTRE POMPIDOU-METZ
CATTELAN, ULTIME IGNOMINIE D’UN SYSTÈME EN PHASE TERMINALE
Par Nicole Esterolle

Pour fêter son 15e anniversaire, le Centre Pompidou-Metz expose des centaines d’oeuvres du centre Pompidou-Paris, mélangées à celles du financial-artist contemporain Maurizio Cattelan. Celui-ci a conçu et muri depuis longtemps l’événement, en complicité avec son amie Chiara Parisi, directrice du centre, qui a mis a sa disposition la collection du Musée pour y faire ses choix en toute liberté.

Chiara fait partie de la petite trentaine de hauts fonctionnaires de l’art contemporain d’Etat, parfaitement interchangeables dans un jeu de chaises musicales des plus cocasses, entre la Villa Arson, l’ENSBA de Paris, le Palais de Tokyo, la Villa Médicis, le Consortium de Dijon, etc. Ils tiennent fermement les manettes d’un appareil, sans direction bien localisable et échappant à la tutelle des Ministres qui passent. Ils y promeuvent depuis des années la même centaine d’artistes agréés par les circuits institutionnels et les réseaux spéculo-financiers : les incontournables Lavier, Buren, Hyber, Calle, Abramovic, Mosset, Lévèque, Mac Carthy...

La pétaradante Chiara, elle, s’était signalée en invitant l’exquis Claude Lévèque à mettre en scène les ruminants venus du Plateau de Millevaches voisin dans la nef du Centre d’art de Vassivière, qu’elle dirigeait alors. Elle a par ailleurs travaillé pour la Fondation de Mr Carmignac, condamné récemment pour fraude fiscale et blanchiment. Elle a transformé ensuite avec Mac Carthy, les salons de la Monnaie de Paris en chocolaterie, d’où sortaient à la chaine des Pères Noël. Est-ce grâce à Chiarra que La Monnaie de Paris aujourd’hui ne veut plus entendre parler d’art contemporain ?
Va-t-on pouvoir, toujours avec Chiarra, redresser la fréquentation catastrophique de l’appendice pompidolien lorrain ?
Les politiques locaux de tous bords gratifient l’établissement de la coquette allocation de 15 millions d’euros par an, répartis entre ville de Metz, Agglomération de Metz Métropole et Région.
Pourtant un informateur local rapporte :
"J’y suis allé deux fois cette année avec des amis, un dimanche d’avril et un dimanche de juillet, j’ai pu alors estimer le public à une petite centaine de personnes. Le lundi de la Pentecôte, il y a eu 2 entrées payantes d’après un employé du Centre. En retirant 52 jours de fermeture et les périodes d’installation d’exposition, cela fait tout de même un confortable coût par visiteur".


DIALOGUE AVEC UNE BANANE

Quand on voit le "dialogue" ainsi installé, entre les oeuvres à valeur patrimoniale et la banane scotchée aux cimaises de Maurizio Cattelan, on pense qu’il s’agit là du dernier spasme d’un appareil institutionnel pourri jusqu’à l’os par un demi-siècle d’effets conjugués de cynisme, de barbarie intellectuelle, de délire déconstructif ; de l’ignorance et du mépris de l’art caractérisant les tenants de cet appareil payé par nos impôts, caractérisant aussi les médias de la bien-pensance progressiste qu’illustre parfaitement certains articles du Monde.
Le spectaculaire, l’obscène, la provocation se conjuguent ici pour tenter de booster une fréquentation du musée de plus en plus misérable, au nombre de visiteurs quotidien bien inférieur au nombre d’employés.
Ce type de "dialogue" et de détournement, accaparement et parasitage du patrimoine par l’art contemporain, est une pratique courante et de plus en plus répandue. On occupe les châteaux, les églises, les chapelles, le places publiques. Jeff Koons est invité au MUCEM pour dialoguer avec les œuvres du Musée des arts et Traditions Populaires. On fait de l’entrisme dans les collections muséales. On place un bidule du décolonialiste Abdessemed à côté du retable sacré d’Issenheim… Grâce à ce "dialogue" entre patrimonial et contemporain, on peut tout se permettre sans regret, sans remord, sans honte.

C’est une caractéristique déplorable des programmations muséales héritée de l’âge d’or de l’Art du Contemporain : consacrer les valeurs déjà établies. Mais avec l’art spéculatif contemporain – spéculatif aux deux sens : intellectuel et marchand, la confusion va jusqu’à la collusion.
Il faut dire qu’on encourage fiscalement les riches de ce monde à se tresser des couronnes en ouvrant leurs musées et fondations et en les laissant prendre le pouvoir dans les institutions, autant que dans les salles de vente. Avec la paire Pinault et Arnault, la France ne se grandit pas à cet égard. Leur Koons monte en cote grâce aux expositions en lieux publics prestigieux, ou leur Buren à rayures sur sacs LVMH. Comme quoi on peut comme Bernard Arnault, maudire les impôts et couvrir cette inculture civique d’un vernis d’ongle démesuré.

Le Centre Pompidou parisien fermant pour travaux, la directrice de son annexe lorraine a eu l’idée d’inviter Cattelan à choisir 400 pièces du fond muséal autour d’un thème original, "Un dimanche sans fin". Certes la directrice de l’institution, Chiara Parisi, Italienne comme lui, l’apprécie depuis longtemps mais ce goût et cette complicité, de la part de quelqu’un qui a pour mission de nous proposer l’art vivant, posent un sérieux problème sur sa nomination.

L’ineptie satisfaite de Maurizio Cattelan !
Parmi les choix de Cattelan : le pape Jean-Paul II renversé par un météorite, grandeur nature en résine, une acquisition de François Pinault, qui fit sa célébrité. Un buste de Hitler émergeant d’un parquet. Plus récemment, Comedian, c'est-à-dire sa Banane scotchée qui a défrayé la chronique ; achetée aux enchères pour devenir le fruit le plus cher mangé au monde.
Le plus consternant n’est pas le malin, mais ceux qui l’encensent.
De même qu’en politique le plus affligeant n’est pas tant l’élu que ceux qui l’ont élu ; de même ce qui nous fait baisser les yeux sera de lire les commentaires de ceux qui trouvent leur compte aux hochets de Cattelan.
La responsable du musée a tenu à faire savoir que Maurizio n’a pas compté ses jours pour endosser la responsabilité de choisir des œuvres dans le stock Pompidou.
Et le sémillant, pas bête, puisqu’on l’invitait à mêler ses créations aux œuvres qu’il choisirait, a vite sélectionné le prestigieux "mur André Breton". C’est une élémentaire tactique de ces amuseurs que de bien choisir.
Le problème reste que les intellectuels commentateurs sont les premiers à signaler ces hauts faits, tête baissée.



De : Marc VERAT <m_verat@live.fr>
Envoyé : dimanche 8 juin 2025 00:10
À : Nicole Esterolle <nicole.esterolle@yahoo.fr>
Objet : RE: CATTELAN AU CENTRE POMPIDOU-METZ : ULTIME IGNOMINIE

A chaque époque son art officiel ! Parfois l'artiste l'ignore, parfois il y adhère plus ou moins et, plus rarement, il s'y oppose ouvertement.
Il faudrait, comme riposte contre-culturelle, pouvoir "infiltrer" un lieu très officiel d'exposition ? Le moment serait peut-être opportun...

Existe-t-il quelques possibilités et quelles en seraient les conditions ?
La fermeture complète du Centre Pompidou est annoncée pour la fin septembre 2025. Le déménagement des œuvres devrait s’achever en décembre 2025, avant un début des travaux fixé au mois d’avril 2026. Le chantier devrait durer 5 ans, avec une réouverture du Centre prévue en 2030.
Le Pavillon français de la Biennale d'art de Venise sera entièrement fermé au public durant les travaux. Il rouvrira ses portes fin 2026.
Jusqu'à présent ce lieu resta un inconditionnel de la mise en scène et des installations.
Les expositions d'après-guerre, pour suivre fidèlement la voie de l'art dit contemporain, marque une abstraction croissante de la peinture, qui devient minimaliste, et qui finira par disparaître en 1993 avec l'Espace Raynaud.
Mais les temps changent, rien n'est définitivement établi !
Le moment serait sans aucun doute venu d'occuper un espace prestigieux, afin de présenter un "Retour vers la Peinture" ?
Ledit "Retour", au sens large, s'appuierait sur l'esprit des créations montrées par exemple dans la Gazette de Nicole, sans oublier pour autant d'autres aspects de la figuration. La peinture décorative, c'est-dire-dire abstraite, serait volontairement écartée.
Cette rupture, si tant est qu'elle puisse avoir lieu, et obtenir les incontournables soutiens politiques ou autres, constituerait alors un réel événement en rupture avec la pensée dominante.




Marcel Duchamp, Porte-bouteilles 1914 - Achat, 1986, Centre Pompidou
L'objet original, aujourd'hui disparu, portait une inscription dont l'artiste prétendait ne pas se souvenir, témoin de la désinvolture qui entoure l'élaboration du readymade. Duchamp scelle ici le choix du hasard et de l'importance du n'importe quoi !
En 1914, Marcel Duchamp acquiert au Bazar de l’Hôtel de Ville un porte-bouteille et il écrit à sa sœur quelque temps plus tard afin de lui demander d’exécuter sa démarche artistique :
« Prends pour toi ce porte-bouteilles, j’en fais un readymade à distance. Tu inscriras en bas et à l’intérieur du cercle du bas, en petites lettres peintes avec un pinceau à l’huile en couleur blanc d’argent, l’inscription que je vais te donner ci-après et tu signeras de la même écriture comme suit : Le Hérisson d’après Marcel Duchamp ».
Le ready-made : un objet ordinaire promu au rang d’œuvre d’art par la volonté de l’artiste est né.

LA SOCIOLOGIE DE L’ART EN QUESTION

https://lagazettedenicole.art/la-sociologie-de-lart-en-question-le-debat-est-ouvert-ici/

La sociologie de l’art est une discipline universitaire que le sociologue engagé Pierre Bourdieu a anesthésiée dès sa naissance.
« La sociologie est un sport de combat », disait-il… et celle de l’art en particulier, qui ne pouvait être pour lui que « signe de distinction et d’appartenance de classe » et qu’il fallait donc soustraire à la domination bourgeoise et du grand méchant capital.
Résultat : ses ardeurs déconstructives et pré-wokistes l’amenèrent à s’acoquiner avec l’artiste allemand Hans Maacke, le plus redoutablement idéologisé de l’époque, et qui, pour représenter son pays, en avait défoncé le Pavillon à la Biennale de Venise en 1993, et ceci pour y dénoncer la malfaisance du Mark complice du nazisme… La cote de cet artiste s’en trouva décuplée, pour le bonheur du grand capitalisme spéculateur sans que Bourdieu ne s’aperçoive un seul instant qu’il s’était fait piéger et devenait ainsi un social traitre et l’idiot de service du système qu’il dénonçait.
Cette anesthésie de la sociologie de l’art fut entretenue ensuite et jusqu’à aujourd’hui par Nathalie Heinich, certes non idéologisée, et ne prétendant uniquement produire que du "savoir", mais en ne défonçant cependant que des portes ouvertes. Comme Bourdieu, son travail se dit "neutre", sans poésie, sans états d'âme, artistiquement aseptisé, et sans amour particulier de l’art.
Bourdieu aimait au moins intellectuellement Hans Haacke.
Alain Quemin, lui, le sociologue bodybuildé, qui fait de l’"observation participative" dans les grands vernissages parisiens, aime à la folie la body artiste Orlan...

De: "Nicole Esterolle" <nicole.esterolle@yahoo.fr>
Envoyé: Lundi 5 Janvier 2026 12:27:19

Objet: Y A-T-IL UN SOCIOLOGUE DE L’ART DANS L’AVION ?

J‘ai dispersé l’ensemble des 992 commentaires, que j’avais récolté suite à la publication sur mes réseaux, du texte que j’avais écrit au sujet des vitraux de Mademoiselle Tabouret… Texte qui avait obtenu plus de 150 000 vues sur mon facebook.
Je pensais que cet ensemble pouvait constituer un riche matériau d'étude et d’analyse pour les sociologues de l’art, et j’espérais avoir quelques retours de ceux-ci.
Mais j’oubliais que cette espèce de chercheurs est quasiment éradiquée, après le passage dévastateur et l’omniprésence asphyxiante des Bourdieu, Heinich et autres Quemin. (J’en connais quelques-uns encore vivants, mais qui évitent de se manifester pour échapper à la cancélisation automatique, et pour ne pas perdre leur poste).

Voici donc les 992 commentaires :

Voici le post Tabouret-vitraux :

Avec les participations de Nathalie Heinich, Yves Michaud, Jérôme Serri, Pierre Lamalattie, Marc Vérat, Marie Sallantin, Jean-Philippe Domecq, Aude de Kerros

Nathalie Heinich
Présentement les sociologues de l’art ne sont pas dans l’avion, mais devant leurs ordinateurs, en train de travailler.
Et comme ils sont sociologues et pas idéologues, ils savent qu’un échantillon ainsi constitué n’a aucune représentativité, et ne peut donc servir à documenter que les arguments des opposants à l’art contemporain, qui sont déjà assez bien connus – notamment grâce aux travaux « dévastateurs » et « asphyxiants » de la signataire de ces lignes.
Quoi qu’il en soit, s’emparer de ce corpus pour tenter de dégager, mettons, les nouvelles tendances en la matière nécessiterait de longues heures de travail, des outils et compétences informatiques dont ils ne disposent pas forcément, et si possible un assistant, qu’ils ne pourraient obtenir qu’en demandant un financement à un organisme académique ou ministériel – financement qu’ils ne seraient absolument pas certains d’obtenir et qui, de toute façon, n’interviendrait qu’après plusieurs mois.
Enfin, ils ont peut-être d’autres dossiers en cours et un emploi très chargé – pour ceux du moins qui continuent à travailler.
Les donneurs de leçons sociologiques feraient parfois mieux de s’abstenir s’ils veulent éviter de se ridiculiser.

Marc Vérat
La frontière entre idéologue et sociologue n’est pas toujours nette, surtout dans les débats publics. Si promouvoir des idées ne peut pas être totalement neutre, la soi-disant objectivité desdits sociologues laisse également à désirer.
Par ailleurs, il est toujours commode et confortable d’être fonctionnaire d’un établissement public.
« Présentement les sociologues de l’art ne sont pas dans l’avion, mais devant leurs ordinateurs, en train de travailler », mais à quelle fin, dans quel but ? Se sont-ils déjà posés la question ?
« Les donneurs de leçons sociologiques feraient parfois mieux de s’abstenir s’ils veulent éviter de se ridiculiser », n’est-ce pas Madame Heinich !

Nathalie Heinich
Dans quel but travaillons-nous ? Pour produire du savoir.
Et si ça ne vous suffit pas, je ne peux rien pour vous…

Nicole Esterolle
N. Heinich ne peut pas grand chose en effet… Elle produit du « savoir », c’est une « savante », une « scientifique » sans poésie, sans états d’âme, axiologiquement « neutre », artistiquement neutre, elle n’a pas à aimer.
Bourdieu n’avait pas non plus de sensibilité particulière pour l’art. Il aimait au moins intellectuellement Hans Haacke. Quemin, lui, sociologie bodybuilé est un fan de la body artiste Orlan…
Rappelons que le jeune Bourdieu fut le secrétaire du très droitier Raymond Aron.

Marie Sallantin
Il semble plus difficile en 2026 de convenir que ce savoir, celui de l’étude de l’art contemporain, nous suffirait. Et d’ailleurs à quel titre ?
En effet une période triomphante comme celle d’une mondialisation heureuse se referme sur une impasse voire un échec de plus en plus visible .
Et donc si l’Art contemporain « suffisait » dans les années 80, années de divertissement et provocations tous azimuts, la question qui se pose aujourd’hui est celle de l’Art comme discipline majeure (car propre à l’Humanité) avec ses limites et contours propres, ses savoirs et ses manifestations universelles de civilisations qui toujours interpellent ? Cette question est tournée vers l’avenir tandis que l’art contemporain en bout de course est dépassé car il ne répond plus aux attentes.
Et si cette attente qui vient comme une vague ne suffit pas à certains, j’ai envie de dire moi aussi que je ne peux rien pour vous.

Pierre Lamalattie
La recherche de neutralité « axiologique » est toujours difficile et mal assurée dans les sciences humaines. Cependant, c’est une bonne chose de la rechercher et je crois que c’est ce que Nathalie Heinich s’est sincèrement efforcée de faire. Elle n’a évidemment pas besoin que je prenne sa défense, mais qu’il me soit permis de dire que je lui suis reconnaissant d’avoir produit un ensemble d’ouvrages qui nourrissent ma (notre ?) réflexion.
Je pense aussi que son engagement pour défendre à l’université le travail scientifique contre les empiétements décomplexés du militantisme est utile et courageux.
Ceci n’empêche nullement de critiquer ses thèses. Au contraire ! La recherche scientifique est le contraire de l’argument d’autorité. Toutefois, il faut bien distinguer critique scientifique (sur les méthodes mises en œuvre) et critique sur le plan des opinions et des engagements artistiques.

Marc Vérat
En somme, après l’art sans art, le savoir sans savoir.
Après 50 ans, la boucle semble ainsi bouclée pour l’art contemporain mais aussi pour la sociologie de l’art contemporain.

Yves Michaud
Il n’y a aucun « savoir » sur le prétendu « art contemporain » – encore moins celui des prétendus sociologues. Heinich travaille sur son ordinateur sans rien regarder et Quemin arpente les cocktails sans rien regarder non plus.
1) toute réflexion dépend du corpus sur lequel on réfléchit et personne n’est d’accord sur le corpus.
2) Chacun voit l’heure à son clocher.
3) D’autant plus que 90% de ce qui se passe dans l’art contemporain est caché (ventes et spéculation obligent). Les merdes de Pinault sont esthétiquement des merdes mais ce sont en réalité des paris boursiers avec délits d’initiés et de ce point de vue, c’est réussi. Tabouret, c’est nul mais Tabouret ça se vend. (C’était pareil pour Meissonnier ou Carolus Duran – je préfère pour ma part Carolus et Cabanel à Meissonnier qui était vraiment nul).
Donc vous ne pouvez qu’exprimer vos passions et intérêts.

Nathalie Heinich
Je reconnais là la magnanimité bien connue de notre cher Yves Michaud, qui s’entête à ne pas entendre ce que je lui ai déjà expliqué sur mon corpus (je ne l’ai pas choisi : je me suis contentée d’analyser ce qui est qualifié d'art contemporain »), et qui continue à croire que je travaille sur les oeuvres alors que mon objet est le rapport à l’art et le fonctionnement du monde de l’art – ce pourquoi, oui, mes données sont pour l’essentiel dans mon ordinateur. Sociologie oblige… Mais ceux que la sociologie n’intéresse pas ne sont pas obligés d’en lire, n’est-ce pas ? A moins que ce soit pour le plaisir de médire ; hypothèse qui n’est pas à exclure, hélas…

Marc Vérat
« Heinich travaille sur son ordinateur sans rien regarder », et la sociologue se couche tard pour tenter de vaines explications concernant « le rapport à l’art et le fonctionnement du monde de l’art ».
« Les merdes de Pinault sont esthétiquement des merdes mais ce sont en réalité des paris boursiers ». Effectivement, et certains ont bien trop d’argent.
« Tabouret, c’est nul mais Tabouret ça se vend. C’était pareil pour Meissonnier ou Carolus Duran » – Mais ces derniers possédaient au moins une incontestable technique et figurent aujourd’hui de nouveau sur les cimaises à la place qu’ils méritent, entre impressionnistes et symbolistes. Qu’en sera-t-il demain pour la jeune Tabouret ? ou les merdes de Pinault ?

Marie Sallantin
C’est rigolo la naissance de Vénus de Cabanel.
Cabanel 1863, et on comprend que les modernes aient détesté !

Yves Michaud
Désolé, chère Nathalie Heinich, mais même sur ce que vous considérez comme un corpus défini, il n’y a aucun consensus. Que faites-vous des situations nationales ? Et de l’impérialisme américain ?
Votre corpus est franco-français et qui plus est « l’art contemporain » français n’a quasiment aucune existence internationale ni en termes ni de marché ni de reconnaissance intellectuelle ou esthétique. De ce point de vue Quemin est plus malin : il sait très bien que l’art contemporain français n’existe que dans les cocktails documentés par Saywho. Il a, si je ne m’abuse, lancé sa brillante carrière en disant ce que je viens d’écrire (je le sais d’autant mieux que j’ai publié son « rapport disparu ») et en a tiré les conséquences.
A nous Ruinart puisque l’art contemporain français est ruiné…
A propos des tulipes, j’ai écrit un livre paru le jour du confinement 2020 sur l’opération Tulipes de Koons: « Ceci n’est pas une tulipe, Art, luxe et enlaidissement des villes » chez Fayard avant Bolloré (je le signale à l’adresse des débiles qui rédigent les notices wikipedia et m’accuseraient d’être de droite). En dépit d’un silence normal, il s’est plutôt bien vendu. C’est une enquête sur la manière de faire remonter une cote chancelante, de promouvoir l’immobilier de luxe sous l’empire du socialisme de cocktails et d’enlaidir une ville pas assez enlaidie par la politique Hidalgo-Grégoire-Girard.

Nathalie Heinich
Vous semblez ignorer que dans les années 1990 j’ai mené une enquête sur la relation à l’art contemporain aux Etats-Unis, dont j’ai tiré notamment un petit livre chez Hermann, Guerres culturelles et art contemporain. Une comparaison franco-américaine. Et dans mon Paradigme je consacre un chapitre à l’internationalisation de l’AC. Mais, comme on dit, quand on ne sait pas ce qu’on ne sait pas, on ne sait pas qu’on ne le sait pas… (d’où l’intérêt, parfois, de se taire plutôt que de se laisser aller aux médisances – mais tout le monde n’est pas Wittgenstein, n’est-ce pas !).

Jérôme Serri
« Savoir tout ce qu’il y a à savoir, et en dépit de ce savoir encyclopédique ne rien savoir, voilà bien la dérision de la méconnaissance ! » Jankélévitch
« L’érudition consiste surtout à connaître une foule de choses inutiles, c’est à dire de choses qui en soi n’ont ni valeur, ni intérêt, si ce n’est d’en avoir connaissance.» Hegel
« Il est difficile, en art, de dire quelque chose d’aussi bon que…ne rien dire.» Wittgenstein
« Le seul moyen de comprendre quelque chose à la peinture, et il est bien simple, c’est d’en regarder beaucoup de bonne.» Sachs

­2026, 50ème anniversaire de la mort d'André Malraux
La démocratie
« Lorsque vous ne pouvez plus confondre la majorité avec la "volonté générale", un rouage capital de la démocratie est brisé. Une majorité de 2% est toujours une majorité, elle n’est plus longtemps légitime. »
La civilisation
« Les valeurs occidentales se décomposent. Il y a eu l’héritage mythique de Rome, il y a eu la chrétienté. Et il y a quelque chose de plus subtil. L’Occident avait toujours eu l’idée d’un type exemplaire de l’homme. A tel point que, dans des pays qui ont marqué l’Occident : l’Angleterre et l’Espagne, on a fini par inventer le mot qui exprimait ce type. Gentleman, tout le monde sait ce que ça veut dire, et Caballero aussi. Aujourd’hui, que voyez-vous de comparable ? Rien parce qu’en gros, la valeur véritable est la science, et que la science ne peut pas donner naissance à un type d’homme. »
La culture
« Après la mort de Degas, nous courûmes à l’exposition de son atelier […] Je comprenais mal "ce que cela voulait dire", mais très bien que cela entrait mystérieusement dans ma vie ».
« De même que telle suite d’accords fait comprendre soudain qu’il existe un monde musical, quelques vers un monde de la poésie, de même un certain équilibre ou déséquilibre péremptoire de couleurs et de lignes bouleverse celui qui découvre que la porte entrouverte là est celle d’un autre monde, non d’un monde surnaturel ou nécessairement magnifié, mais d’un monde irréductible à celui du réel. »
« Civilisé s’oppose à grossier ; cultivé s’oppose d’abord à ignorant. Et, pourtant, l’homme de connaissances a semblé souvent une caricature de l’homme cultivé. Sans doute celui-ci est-il un homme de livres, d’œuvres d’art – un homme lié à des témoignages particuliers du passé. Mais peu importerait qu’il fût l’homme qui connaisse ces témoignages s’il n’était d’abord l’homme qui les aime. La vraie culture commence lorsque les œuvres ne sont plus des documents : lorsque Shakespeare est présent… La connaissance, c’est l’étude de Rembrandt, de Shakespeare ou de Monteverdi ; la culture, c’est notre émotion devant La Ronde de nuit, la représentation de Macbeth ou l’exécution d’Orfeo. »
Comment créer une culture démocratique ?
Il ne s’agit pas de contraindre à l’art les masses qui lui sont indifférentes. Il s’agit d’ouvrir le domaine de la culture à tous ceux qui veulent l’atteindre.
« L’Etat vaut pour l’art ce que valent ceux qui s’en occupent. Florence a été Florence parce que Laurent a été Laurent, non parce que ses méthodes étaient exceptionnelles. Résumons : l’Etat n’est pas fait pour diriger l’art, mais pour le servir. Et il le sert dans la mesure où ceux à qui il en confie la charge le comprennent. »
« Ce qu’on appelle la culture c’est d’abord la volonté de retrouver, d’hériter et d’accroître ce qui fut la noblesse du monde. »
« Si je peux me dire, en mourant, qu’il y a cinq cent mille jeunes de plus qui ont vu s’ouvrir, grâce à mon action, une fenêtre par où ils échapperont à la dureté de la technique, à l’agressivité de la publicité, au besoin de faire toujours plus d’argent pour leurs loisirs dont la plupart sont vulgaires ou violents, si je peux me dire cela, je mourrai content, je vous assure. Cinq cent mille de plus « dans le coup » ce serait déjà un beau chiffre. Je ne peux pas infliger la joie d’aimer l’art à tout le monde. Je peux seulement essayer de l’offrir, la mettre à disposition pour que, à ceux qui la demanderont, elle soit donnée. »

Jean-Philippe Domecq
Depuis le début des interrogations sur ce que j’avais labellisé, pour plus de clarté conceptuelle et périodique, « l’art du Contemporain », l’analyse sociologique doit aussi, et surtout, faire ressortir le rapport entre les oeuvres mises en avant par les professionnels et le système d’interprétations qui a mis en avant pareilles oeuvres. Car la spécificité historique de cette période close aura été : comment de telles intelligences ont-elles pu se satisfaire d’euvres qui auront été aussi simplistes (que Koons, Buren, Toroni, i tutti).
Il ne s’agit donc et certes pas de demander à la sociologie des jugements esthétiques, mais qu’elle analyse le va-et-vient entre les commentaires et les oeuvres. Pourquoi une telle surévaluation ? Des attitudes et des oeuvres, donc. Le reste (le fonctionnement, la reconduction, les transactions) ne fait qu’en découler, l’essentiel n’était pas là.

Marie Sallantin
Je me souviens qu’il ne fallait pas dans les années 90 juger cette « surévaluation » que vous aviez parfois comptée comme bêtise sophistiquée dans Politis. Pour ma part, je la vois très violente cette surévaluation systémique des œuvres des suiveurs de Duchamp : comme une forme inédite de vandalisme ciblant la représentation de l’art (ridiculiser sans cesse la visée de la beauté chez les artistes). Christine Sourgins a écrit là dessus.

Marc Vérat
"Car la spécificité historique de cette période close aura été : comment de telles intelligences ont-elles pu se satisfaire d'euvres qui auront été aussi simplistes ?"
Close ! Pas encore tout à fait, mais cela reste dans l'ordre des choses.
Le conformisme existe toujours, y compris chez les sociologues ; normes, marchés et institutions guident les comportements, plus ou moins consciemment. On aime appartenir à un groupe, on évite les risques, on cherche la validation.
"Mais, comme on dit, quand on ne sait pas ce qu'on ne sait pas, on ne sait pas qu'on ne le sait pas..."
Oui Madame Heinich !

"ATTENTION ! La notice Wikipédia me concernant est sans valeur"
Wikipédia ne représente plus qu'un répertoire laborieux, plus ou moins complaisant, désormais remplacé par l'Intelligence Artificielle.
"Que faites-vous des situations nationales ? Et de l'impérialisme américain ?"

HISTOIRES CHOISIES/ M.V.

1/ L’art de la spéculation
Souvenons-nous de la tulipe
La première bulle spéculative de l’histoire éclate en Hollande, en février 1637 avec une forte spéculation sur les tulipes, au cours de laquelle des bulbes de tulipes s’échangeaient au même prix qu’une maison à Amsterdam.
Le XVIIe siècle marque le « siècle d’or » hollandais. Les Provinces-Unies, autrement dit la Hollande, constitue l’un des États européens les plus modernes, notamment en matière d’art et de culture. Sur le plan économique, la création de la Compagnie des Indes Orientales en 1602 assure le développement des échanges internationaux et du système financier du pays.
Cette domination commerciale permet aux Provinces-Unies de se hisser au rang de première puissance économique mondiale.
Jusqu’en 1634, le marché de la tulipe est semblable à celui du marché de l’art. Un milieu réservé aux plus aisés où le client passe commande à un horticulteur pour faire pousser la variété qu’il désire.
La commande est passée à partir de l’automne lorsque les bulbes sont plantés, et les tulipes qui attirent le plus ne sont pas les plus belles mais les plus rares. La demande pour certaines espèces favorise la formation de la bulle spéculative.
À partir de 1635, plusieurs innovations financières accélèrent le développement de ladite bulle. L’innovation la plus importante est l’introduction des billets à effet.
Ces derniers précisent les caractéristiques du bulbe et son prix.
Ceci permet aux acheteurs de revendre un bulbe encore en terre, en échangeant non plus le bulbe lui-même mais le billet, un papier faisant office de titre.
Les transactions augmentent et il n’est pas rare de voir un billet à effet, changer de mains à de multiples reprises avant la floraison de la tulipe. Les contemporains parlaient d’ailleurs de « windhandel », le commerce du vent.
Plusieurs éléments psychologiques sont avancés pour expliquer les bulles spéculatives. L’un d’entre eux se nomme « The Greater Fool Theory », la théorie du plus grand fou. Selon cette idée, les investisseurs peuvent acheter un titre même s’ils sont persuadés qu’il est surévalué, car ils pensent qu’un autre individu – plus fou encore – sera prompt à le racheter plus cher.
Le mécanisme fonctionne et les prix augmentent jusqu’à atteindre « le plus grand fou ». Dès lors, la bulle éclate et plus personne ne se porte acquéreur.

L’éclatement de la bulle
Les sources fournissant l’évolution du prix des tulipes à cette époque sont rares. Le marché n’est pas régulé et il n’y a donc pas de cours officiel.
Il apparaît toutefois qu’en janvier 1637, au sommet de la bulle, une tulipe pouvait valoir jusqu’à 15 années de salaire d’un artisan. Un bulbe de la variété Semper Augustus – la plus recherchée à l’époque – se serait même échangé pour 10 000 florins, soit l’équivalent de deux maisons en ville.
L’éclatement de la bulle, se produit le 3 février 1637.
Le krach sera déclenché notamment par l’absence d’acheteurs lors d’une vente aux enchères dans une taverne d’Haarlem. Cela suffira pour provoquer le retournement du marché ; il ne faut que quelques heures pour que la nouvelle de l’absence d’acheteurs se propage à la ville entière et quelques jours pour que l’information atteigne l’ensemble des Provinces-Unies. Les bulbes de tulipes deviennent alors invendables.

2/ L’art de l’influence
Ingérence américaine dans la culture en Europe
Dès 1946, le ministère des Affaires Étrangères des États-Unis participe au financement de deux grands programmes d'expositions de peintures, vitrine de l'excellence de l'Art américain, amenées à voyager en Amériques du Sud et surtout en Europe.
Afin de promouvoir ladite excellence, le sénateur Fullbright établit parallèlement un programme de bourses qui permet à des milliers d'intellectuels d'effectuer le « Grand tour » américain pour admirer sa richesse culturelle.
Il s'agit par exemple, d'affirmer et d'établir l'émergence d'une nouvelle école spécifiquement américaine : l'Expressionnisme abstrait avec J.Pollock, M.Rothko, A.Gorky... Cette école qui reste une construction étroitement liée au contexte de la guerre froide sera soutenue par des fondations, des musées, des universités.
Le Rockefeller Brother Fund et le Musée d'Art Moderne de New-York ont ainsi largement promu en Europe le Nouvel Art en organisant nombre de publications et expositions. Cependant et afin d'être totalement crédible pour asseoir la dimension internationale des expositions, quelques artistes européens bénéficieront également du soutien américain.
En 1950, Pierre Soulage figure ainsi dans des expositions collectives à New-York, Londres, São Paulo, Copenhague. Dès le début des années 50, ses toiles commencent à entrer dans les grands musées comme la Phillips Gallery à Washington, le Musée Guggenheim et, bien entendu, le Museum of Modern Art de New-York.
Quelques années après suivra la promotion de l’art conceptuel et minimaliste, donc de l’art à proprement dit contemporain.

3/ L’art sans art
Marcel Duchamp, 1887-1968 - Porte-bouteilles 1914 / 1964
Fer galvanisé : 64 cm, Diamètre 42 cm – Achat en 1986 du Centre Pompidou
L'objet original, aujourd'hui disparu, portait une inscription dont l'artiste prétendait ne pas se souvenir, témoin de la désinvolture qui entoure l'élaboration du readymade. Pourtant Duchamp scelle ici le choix d'une esthétique visuelle indifférente, le choix du hasard et de l'importance du n'importe quoi !

En 1914 à Paris, Marcel Duchamp acquiert au Bazar de l’Hôtel de Ville un porte-bouteilles et il écrit à sa sœur Suzanne quelque temps plus tard afin de lui demander d’exécuter sa démarche artistique :
« Prends pour toi ce porte-bouteilles, j’en fais un readymade à distance.
Tu inscriras en bas et à l’intérieur du cercle du bas, en petites lettres peintes avec un pinceau à l’huile en couleur blanc d’argent, l’inscription que je vais te donner ci-après et tu signeras de la même écriture comme suit : Le Hérisson d’après Marcel Duchamp ».
Cette lettre montre que Marcel Duchamp souhaite intégrer le porte-bouteilles dans la catégorie des objets qu’il possède déjà, comme une roue de bicyclette sur un tabouret de 1913, mais auxquels il n’a pas encore attribué de statut.
Ce n’est que fin 1915 à New-York, que l'artiste invente et formalise le concept en récupérant un chapeau de cheminée en zinc en l’intitulant « pulled in 4 pins » et en achetant une pelle à neige et en l’intitulant « In advance in the broken arm ».
Ce n’est donc que tout début 1916 que Marcel Duchamp écrit à Suzanne pour qu’elle récupère le « porte-bouteilles » et la « roue de bicyclette » pour les intégrer dans la série des readymade.
Marcel Duchamp explique : « Dans une époque où l’artiste ne peut plus compter sur la qualité et la sincérité de son action pour voir ses productions reconnues, mais dépendre au contraire uniquement du goût du regard trivial des « regardeurs », des normes sociales du bon et du mauvais goût, je décide effectivement d’affirmer mon statut d’artiste en décrétant œuvre d’art un objet quelconque ».
Ces objets-manifestes ne deviennent production artistique qu’à la fin des années 1950, lorsque la jeune génération d’artistes américains, au sortir de la seconde guerre mondiale, s’en empare comme médium. Les institutions françaises suivront fidèlement par mimétisme le mouvement.

Aude de Kerros
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt toute cette disputatio qui donne un paysage des questions que l'on se pose encore sur l'Art contemporain en 2026.
Ce terme qui a été l'arme la plus efficace de la guerre froide culturelle puis hégémonique, a semé la confusion en cachant sous le qualificatif de "contemporain", l'unique courant conceptuel, qui est ainsi devenue avant garde unique et perpétuelle.
Ainsi a été imposée une définition de l'art, exactement inverse de celle du sens commun. Cela n'aurait pas été possible sans son instrumentalisation institutionnelle, politique, médiatique puis financière.
L'imposition de cette définition et d'un art sans public, n'a pas été une évolution naturelle, une mode, un conformisme. Il a concerné les élites, les intellectuels, les artistes qui ont été la cible de cette stratégie de confusion cognitive. Les "masses" ne sont pas visées, ni concernées.

Chacun dans sa spécialité a réagi différemment à ce changement de contenu du mot "art":
-Les journalistes ont vu l'aspect politique et accusé tous ceux qui ne pliaient pas le genou de "fascistes", ce qui a terrifié les artistes et intellectuels.
-Les économistes, quand l'AC est devenu financier, se sont intéressés aux cotes et mécanismes spéculatifs.
-Les théologiens apophatiques y ont trouvé avec joie une manifestation de l'art sacré.
-Les philosophes ont fourni avec la French théory une théorie à l'AC et discours indispensables aux artistes pour forger des concepts dits "pertinents'.
-Les sociologues ont fourni par ailleurs le discours "scientifique" le plus proche du Duchampisme possible : Duchamp disait - l'art c'est ce que l'artiste dit être de l'art'.
En 1963, à New York, Arthur Danto, plus réaliste, complète la définition : est de l'art ce que la société ( il précise, le milieu de l'art institutionnel, médiatique, commercial, etc,) dit être de l'art. Le discours de Bourdieu a aussi beaucoup contribué de fournir le corpus d'idées, en le politisant.

Les artistes contemporains ont utilisé toute cette matière en la simplifiant pour créer leurs concepts, qui sont, ne l'oublions pas, l'œuvre elle même.
Nathalie Heinich a combattu Bourdieu, en s'attachant à une démarche rigoureuse. Il faut aussi la saluer pour ce petit livre qu'elle a écrit, le seul publié en France, qui relate l'histoire et le processus des Cultural Wars en Amérique entre 1989 et 1997.
(Guerres culturelles et Art Contemporain une comparaison franco américaine – Hermann, 2010)
Entre ces deux dates aucun article n'est paru dans les médias français sur ces faits très spectaculaires, excepté, un, dans une revue savante confidentielle.
Un jour ou l'autre il faudra qu'un historien fasse le récit de la guerre civile culturelle que nous avons connu en France : une guerre culturelle civile doublée d'une guerre internationale. Il faudra plus de temps qu'en Amérique pour avoir accès aux archives de l'administration : 50 ans contre 10 en Amérique !
Merci chère Nicole de susciter ces disputatios mais aussi de les documenter et partager. Elles seront importantes pour les historiens qui verront la réelle diversité de la façon dont cela a été vécu et compris par ceux qui ont participé à cette histoire.

Marie Sallantin
MERCI. Une réserve : le mot « guerre » suppose des adversaires qu’on n’a pas vus en France. Les tentatives ont échoué faute d’appui car les artistes, surtout les peintres premiers visés,  au lieu de se mobiliser, se sont soumis attendant tout des institutions : JL Chalumeau  «  le silence des artistes » dans Verso. S’il y avait eu un Courbet, le cours de l’histoire aurait été TOUT AUTRE ! Les masses n’auraient pas été autant suivistes des foires, ces « grands messes de l’art contemporain » Genevieve Breerette dans Le Monde. Aujourd’hui, pas de signe de sortie de cette vassalisation. Pas de retour critique mais plutôt une accélération et un durcissement  institutionnel fort visibles à Paris.
Le Duchampisme, chasse bien gardée. Qui osera supprimer le prix Marcel Duchamp et remettre l’urinoir dans la rue ?

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DÉPART DE MME DATI DANS LE CADRE DE LA RÉDUCTION DU DÉFICIT PUBLIC

Le dossier complet et accablant de Marc Vérat sur le bilan calamiteux du ministère de la culture, qu’il va bien falloir supprimer pour changer de paradigme.
Le dossier complet ici : (un document d’époque à garder par devers vous)

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ZEU BLOG DE NICOLE
Une récapitulation florilège des plus de 200 textes de Nicole :