Création artistique et Intelligence Artificielle ?

 

Préambule

Deux portraits : le premier jusqu'alors majoritaire, un travailleur manuel, habitué aux tâches physiques, aux charges lourdes et aux intempéries. L'autre, un collaborateur plus ou moins intellectuel, assis derrière son bureau, à l'abri du mauvais temps, au chaud. L'arrivée de l'Intelligence Artificielle gommera-t-elle ces différences ? 

Mais qu'est-ce, au juste, l'Intelligence Artificielle (IA) ?
L’intelligence artificielle représente l’ensemble des systèmes capables d’exécuter des tâches qui exigent normalement des capacités humaines, comme apprendre, raisonner, percevoir ou décider.
L’Intelligence Artificielle est un domaine qui regroupe plusieurs données pour une part puisées sur l'internet :
- L'apprentissage automatique - machine learning - des modèles apprennent à partir de données pour reconnaître des motifs, prédire ou classer.
- L'apprentissage profond - deep learning - des réseaux de neurones complexes capables de traiter les images, sons et langage.
- L'IA générative - un ensemble de systèmes capables de produire du texte, des images, du code ou de la musique en adaptant les structures apprises.
Ces techniques permettent de simuler certaines formes d’intelligence humaine, comme comprendre le langage ou analyser une scène visuelle.
Le concept apparaît dans les années 1950, dans la continuité des travaux d’Alan Turing, qui se demande si une machine peut penser ou seulement imiter l’intelligence humaine. Le terme Artificial Intelligence est formalisé en 1956 lors de la conférence de Dartmouth, qui marque la naissance officielle du champ.
Plusieurs facteurs expliquent son essor : les assistants conversationnels et rédactionnels, la traduction automatique, le diagnostic médical, juridique, etc.
Son intégration dans les services du quotidien en fait un enjeu économique, politique et sociétal majeur.

La création artistique et l'Intelligence Artificielle ?
La création artistique et l’intelligence artificielle forment aujourd’hui un couple à la fois fécond, conflictuel et profondément révélateur de l’époque. L’IA n’est ni un simple outil, ni une personne autonome, elle agit comme un accélérateur, un miroir, et parfois comme un perturbateur des cadres traditionnels de l’art.
L’IA permet de générer des images, du textes, des sons ou vidéos à partir de simples instructions ; d’explorer rapidement des variations, des styles, des compositions, de simuler des techniques ou des esthétiques.
Elle agit comme un atelier démultiplié, comparable à l’arrivée de la photographie ou du numérique. Elle propose des formes que l’artiste n’aurait peut‑être jamais imaginées. Elle devient un partenaire spéculatif, un moteur d’hypothèses visuelles ou narratives.

L'Intelligence Artificielle est-elle nécessaire à la création artistique ?
L’intelligence artificielle n’est pas fondamentale, mais elle devient une possibilité, un nouvel outil qui reconfigure ce que l’on entendait par être un auteur original, capable d'imagination.
L’IA n’est pas indispensable parce que l’art peut exister sans elle : une technique, un geste, un matériau, une intention suffisent. Mais elle introduit trois déplacements majeurs.
1. L’IA peut être vue comme un pinceau algorithmique comme Photoshop, un assistant génératif qui propose des variations, des pistes, c'est un simulateur de styles qui permet d’explorer des esthétiques impossibles autrement. Elle élargit le champ des possibles, mais ne remplace pas la décision artistique, qui reste humaine.
2. Comme un assistant. L’IA est un outil qui devient alors un matériau, un sujet, un miroir des biais sociaux. Dans cette perspective, l’IA est pertinente pour interroger notre époque.
3. Elle peut être comprise comme une remise en question. L’IA trouble la frontière entre intention et exécution, copie et création. Elle oblige à repenser ce qu’est le geste artistique : est-ce l’idée ? La sélection ? La mise en tension d’un système ?
Elle pose la question de l’auteur, est-ce celui qui formule l’intention ? L’algorithme ? Ou les multiples créateurs dont les œuvres sur internet ont servi comme base ?
Cette interrogation touche au cœur de l'actualité artistique, à savoir : l’originalité, la signature, la propriété.
Les IA génératives apprennent sur des corpus massifs d’images ou de textes, à l'insu des créateurs. Cela soulève des enjeux de droit d’auteur, de captation de valeur, et d'effacement desdits auteurs. Les modèles tendent surtout à reproduire des tendances dominantes, à l'esthétique reconnaissable, narrative et spectaculaire, mais sans réelle rupture.
Cependant, même les modèles les plus avancés ne possèdent pas l'expérience vécue, d'intention autonome, de vision personnelle, qu'elle soit esthétique ou politique ; ils recombinent des formes existantes. L’art, lui, naît souvent d’un conflit intérieur, d’un contexte social, d’un désir de dire quelque chose.
Trois positions sont perceptibles aujourd’hui :
- L’IA comme outil.  L’artiste reste maître, l’IA accélère ou enrichit le processus.
- L’IA comme collaborateur.  L’artiste conçoit un protocole, l’IA produit, l’œuvre résulte de l’interaction.
- L’IA comme sujet critique. Elle parle de biais implicites à l'oeuvre, des implications sociales.
Aucune de ces positions n’est obligatoire à la création, mais elle est devenue un espace d'élaboration à part entière. Elle ne remplace ni l’intention, ni la sensibilité, ni la responsabilité de l’artiste, mais elle ouvre des formes nouvelles, comme la photographie ou la vidéo en leur temps.

Ce que l’Intelligence Artificielle révèle de l’art contemporain ?
L’Intelligence Artificielle montre les fragilités et les contradictions du système artistique, de la valeur accordée à la rareté dans un monde d’abondance, de la centralité de plus en plus marquante du conceptuel. Elle souligne la tension entre démocratisation, tout le monde peut créer, et la professionnalisation de quelques rares artistes vivant de leur travail. L’IA amplifie les tendances majoritaires, ce qui renforce les débats sur la légitimité des formes et des valeurs.
L’Intelligence Artificielle ne remplace pas l’art, elle en déplace les frontières de ce que nous considérons comme artistique. Elle oblige à repenser l’intention, la singularité, le mérite et la place du public.
La rencontre entre création et intelligence artificielle produit des effets sociologiques profonds, qui touchent à la fois les pratiques, les hiérarchies culturelles, les imaginaires collectifs et la place de l’artiste dans la société. L’IA agit comme un révélateur des tensions déjà présentes dans le champ artistique, tout en accélérant certaines mutations.
Les modèles d’IA reproduisent les tendances dominantes des corpus sur lesquels ils sont entraînés. Cela produit une esthétique reconnaissable, souvent spectaculaire. Sociologiquement, cela renforce la logique de l’hégémonie des styles occidentaux avec, en parallèle, la difficulté d’exister pour les formes minoritaires.
L’abondance d’images modifie notre rapport à la valeur, l’image devient jetable. L’art se déplace alors vers ce qui résiste à la reproductibilité, c'est-à-dire le geste, la sensibilité, la relation.
Par ailleurs, l’Intelligence Artificielle rend la création accessible à des millions de personnes qui, autrement, n’auraient jamais peint, dessiné ou composé. Cela entraîne une explosion de la production, une dilution de la frontière entre créateur et public avec une montée en légitimité des pratiques. Ce phénomène prolonge ce que l'on peut observer avec la peinture de loisir.
Le geste, la maîtrise technique, la difficulté — longtemps au cœur de la légitimité artistique — deviennent moins discriminants. Le capital culturel se déplace vers la capacité à formuler des intentions et à maîtriser des outils numériques.
L’IA renforce la visibilité des esthétiques populaires (hyperréalisme, manga, surréalisme, kitsch). Les institutions, historiquement attachées à des formes plus conceptuelles ou expérimentales, se retrouvent en décalage avec les goûts majoritaires. Tout ceci accentue la fracture entre art contemporain institutionnel et culture visuelle populaire, accroît la suspicion envers les élites culturelles et la demande d’un art plus immédiatement lisible. Si tout le monde peut créer, alors qu’est-ce qui distinguera le vrai professionnel ? Comment justifier le prix d’une œuvre ? Quelle place encore pour les écoles d’art, les jurys, les commissaires ? L’IA met en lumière la dimension sociale et contestable de toute légitimité artistique.

Les effets sur les métiers et les économies de la culture
Les illustrateurs, les graphistes, les designers sont les plus exposés. Leur travail, souvent basé sur la variation, la commande ou la production rapide, est directement concurrencé. Cela crée une pression économique, une dévalorisation symbolique, une polarisation entre quelques artistes stars et une masse de créateurs fragilisés.
Mais le créateur ne disparaît pas, il se déplace. Il devient quand même celui qui choisit les données, oriente les modèles, sélectionne les résultats, construit le sens, le fait main.
Les conséquences institutionnelles de l’IA dans le monde de l’art sont profondes parce qu’elles touchent les fondements sur lesquels reposent les musées, les écoles, les centres d’art, les FRAC et les politiques culturelles : la rareté, l’expertise, la médiation, la légitimation, la conservation. Les institutions ont longtemps été les lieux où se décidaient ce qui mérite d’être montré, ce qui mérite d’être conservé, ce qui mérite d’être financé.
Désormais, les institutions ne peuvent plus tout contrôler, elles doivent sélectionner dans une masse de proposition, ce qui change leur rôle de fond en entraînant une crise de l’autorité curatoriale, une concurrence avec les plateformes comme Instagram, TikTok, et une difficulté à maintenir des critères officiellement reconnus.
Les politiques culturelles françaises reposent sur le financement de la création professionnelle, la distinction entre amateurs et professionnels. L’IA brouille ces catégories, les amateurs peuvent produire des images de qualité professionnelle en utilisant des outils automatisés, la notion de travail artistique devient floue. Cela oblige à repenser les attributions des aides publiques, la notion même de créateur, la place du travail humain dans la valeur artistique.
Les institutions françaises ont toujours peiné à intégrer les cultures populaires, les mangas, les jeux vidéo, cette fracture démocratique s'est encore amplifiée car les esthétiques générées par IA sont massivement consommées mais tout aussi rarement reconnues par les élites. Si les institutions ne s’adaptent pas, elles perdront leur pertinence, elles se marginaliseront totalement et, à terme, finiront par disparaitre.

L'impact sur les écoles d’art ?
Les écoles d’art dispensaient, en principe, un savoir-faire avec la construction des images.
Avec l'Intelligence Artificielle la singularité ne peut plus être seulement formelle. Les écoles doivent accompagner cette mutation, elles devront intégrer l’IA comme objet d’étude, de critique et de création et devenir des lieux de réflexion sur les images plutôt que des sanctuaires de rareté.
Les écoles d'art devront se réinventer de nouvelles missions, de nouveaux formats d’exposition, de nouvelles pédagogies. Passer d’un modèle centré sur l’objet à un modèle reposant sur le processus. La médiation ne porte plus seulement sur l’œuvre, mais sur l’écosystème technique qui la rend possible.
Dans un monde saturé d’images, la valeur ne peut plus reposer sur l'unique originalité. Les institutions auront pour charge d'évaluer la cohérence et le point de vue, la capacité à problématiser l’outil et elles devront travailler en lien avec des ingénieurs, des archivistes numériques, des spécialistes des données.
Les possibilités créatives ouvertes par l’IA ne se limitent pas à produire des images, elles transforment en profondeur ce que peut être un geste artistique, un processus, une œuvre, une relation au public. L’IA agit comme un multiplicateur d’hypothèses, un espace où l’on peut tester, déformer, accélérer, détourner.
Finalement l’artiste dirige un ensemble d’outils générateurs d’images, il modèle des textes, la synthèse vocale, les moteurs 3D. Il orchestre un ensemble de forces plutôt qu’il ne produit seul. On passe d’une œuvre close à une œuvre ouverte, donc plutôt collective.
L’IA permet des images générées en temps réel, des récits adaptatifs, des environnements interactifs. L’œuvre devient un événement davantage qu’un objet.
L’IA prolonge la photographie en produisant des images improbables, des temporalités fracturées, des scènes documentaires, c’est un terrain fertile pour interroger la vérité, la mémoire, le témoignage.
Avec les modèles vidéo, l’auteur peut créer des films sans tournage, des acteurs synthétiques, des récits génératifs. Le cinéma devient un espace de simulation.
La situation de l’artiste dans la société ne sera pas résolue par une simple mise à jour, mais par une mutation de son rôle social, symbolique et politique. Dans une société où les images, les textes et les formes sont générés en masse et presque automatiquement, la reconnaissance passera surtout par la confiance, l'emploi et la lisibilité du monde numérique par le plus large public.



Vanitas vanitatum - Le tableau dans l'Image photo

L'intérieur était bourgeois, ou parfois modeste, mais généralement soigné et bien tenu. Il faisait même la fierté de la maîtresse de maison. Mais on demeure bien peu de chose. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? De son buffet Henri II, bien encaustiqué et que l'on trouve désormais chez Emmaüs pour 50 euros.

Le lieu a figé dans le temps la vie des anciens occupants. On y trouve, créant une atmosphère à la fois nostalgique et étrange, encore quelques meubles poussiéreux, des objets du quotidien, des photos, des vêtements et, aux murs, des tableaux de petits maîtres.
Le canapé est recouvert d’un drap, la télévision est encore à tube cathodique ; dans la cuisine des restes de vaisselle reposent sur l’évier en compagnie de bocaux, d'un frigo taché de rouille, d'une table plus ou moins bancale.
Dans la chambre le lit est défait, l'armoire ouverte contient divers objets et des habits démodés.
Tout, finalement, exprime le caractère vain, illusoire, ou éphémère des choses humaines.
Dans l’art, surtout au XVIIᵉ siècle, une Vanité représente un genre de peinture symbolique, souvent une nature morte qui rappelle la fragilité de la vie et la futilité des biens terrestres. Tout passe, seule la mort est certaine "Vanitas vanitatum, et omnia vanitas".
Ici, il s'agit en quelque sorte par cette exposition virtuelle de rappeler la réalité de cet implacable constat.

Licences et politiques de libération d’images

 

La licence Creative Commons - CC0.

Tout ce qui est domaine public est ouvert, sauf exception motivée. Il n'est pas utile d’ajouter des restrictions là où la loi n’en impose pas. La circulation fait partie de la vie des œuvres. Cependant, il faut rappeler aussi qu'un droit moral subsiste pour toute création.

Renoncer à une rente marginale pour démontrer les bénéfices de l’Open Access.
Il existe bien une contradiction structurelle entre le fait qu’un musée public soit financé par l’impôt — donc par tous — et qu’il vende ensuite des droits d’accès, de reproduction ou de réutilisation sur des images d’œuvres qu’il conserve au nom du public. Cette contradiction n’est pas seulement morale, elle est juridique, économique, politique et symbolique. Elle explique une grande partie des tensions françaises autour de l’Open Access.
Les musées publics sont financés par l’impôt, leurs collections appartiennent à la collectivité, leurs agents sont rémunérés par l’État ou les collectivités. Pourtant, pour accéder aux images ou pour les réutiliser, le public doit souvent payer une seconde fois.
Cette double facturation crée un paradoxe, le citoyen finance la conservation, puis il finance l’accès. Dans une logique de bien commun, cela apparaît incohérent.
Le droit français affirme que le domaine public est librement réutilisable. Mais dans la pratique, beaucoup d’institutions françaises créent une barrière artificielle en revendiquant des droits sur les reproductions photographiques d’œuvres en principe libres de droits. Cela revient à introduire une exclusivité là où la loi l’a supprimée. C’est une contradiction économique, un modèle de rente incompatible avec la mission de service public.
La vente d’images a longtemps été présentée comme un moyen d’autofinancement. En réalité les revenus sont très faibles pour des coûts de gestion élevés avec fonctionnaires dédiés et le modèle est dépassé à l’ère du numérique, où la valeur provient de la circulation, pas de la rareté. Le paradoxe est donc le suivant, pour préserver une rente marginale, on limite la diffusion, ce qui réduit la visibilité et l’attractivité.
Quand un musée public vend des droits comme une entreprise privée, il devient un vendeur de fichiers, un gestionnaire de licences, un acteur économique avant d’être un acteur culturel.
Cela crée une tension entre la logique de service public et la logique de marché. Dans les pays qui ont basculé vers l’Open Access comme les Pays-Bas, les États-Unis, le Danemark, cette contradiction a été tranchée : le musée public n’est pas une entreprise.

Une contradiction culturelle
La France prétend valoriser la démocratisation mais en limite l’accès.
Les licences Creative Commons offrent un cadre juridique standardisé pour partager des œuvres. Elles s’inscrivent dans un objectif de politiques de libération d’images, adoptées par les musées, bibliothèques, archives ou plateformes, qui cherchent à faciliter l’accès et la réutilisation des contenus visuels.
Trois approches concernant la diffusion :
- Open Access total (CC0 / Public Domain Mark). Les images sont réutilisables sans restriction. Modèle adopté par le Rijksmuseum, le Metropolitan Museum of Art, ou la Bibliothèque nationale du Danemark.
- Open Access conditionnel. Réutilisation libre mais attribution obligatoire. Souvent choisi par les institutions souhaitant conserver une traçabilité.
- Accès contrôlé. Les images sont accessibles mais la réutilisation commerciale ou la modification est limitée. Fréquent dans les musées français en raison du cadre juridique national et des enjeux économiques.

La tendance mondiale va clairement vers l’Open Access : en 2022, plus de 2,5 milliards d’œuvres étaient sous licence Creative Commons, avec une croissance de 32 % en un an, et une domination des licences CC0 et CC BY. Les institutions françaises évoluent lentement, mais plusieurs : Musée de Bretagne, Paris Musées en 2020, ont déjà adopté des politiques d’ouverture ambitieuses.
La politique culturelle française repose sur une tradition de protection du patrimoine et de pilotage centralisé. Cette logique, héritée de l’après‑guerre et renforcée par la création du ministère de la Culture, a façonné un modèle où l’État définit et encadre les grandes orientations.

Trois cas français montrent comment les institutions culturelles abordent concrètement la libération des images : 
- Paris Musées : le modèle français le plus ouvert. Paris Musées est aujourd’hui le cas de référence en France pour une politique d’Open Content ambitieuse avec la mise en ligne en 2020 de plus de 150 000 images en haute définition en CC0, donc réutilisables sans aucune restriction.
Paris Musées s’aligne sur les standards internationaux (Met, Rijksmuseum). Cela a renforcé la visibilité internationale des collections parisiennes.
- Bibliothèque nationale de France (BnF) : ouverture partielle, modèle hybride. La BnF a récemment fait évoluer sa politique, mais sans basculer totalement vers le CC0. Ce qui a changé, l'exonération de la redevance commerciale pour les chercheurs, au sens large. Accès facilité aux fichiers Haute Définition.
La BnF ouvre davantage, mais conserve une logique tarifaire pour certains usages.
- RMN‑Grand Palais : le modèle économique traditionnel. La RMN‑GP est historiquement l’acteur central de la diffusion des images des musées nationaux. Plus de 1,5 million de photos argentiques et 800 000 photos numériques diffusées via la plateforme Images d’Art, avec un système de licences payantes.
La RMN‑GP repose sur un modèle économique fondé sur la vente d’images. Ce modèle freine l’adoption d’une politique d’Open Access.
Chacun applique ses propres règles. La BnF, par exemple, met en ligne des millions d’images via Gallica, mais les documents récents restent consultables uniquement sur place, sans libération des fichiers HD.
Les inventaires, comme la base Joconde, sont bien ouverts en open data, mais les images restent souvent soumises à des arbitrages locaux, économiques et juridiques.

Soft power culturel
Une vraie politique nationale d’Open Access en France, appliquée aux images des collections publiques, serait un changement de régime, pas un simple ajustement technique. On toucherait au droit, à l’économie des musées, au rôle de l’État, à la symbolique même du patrimoine.
Une politique nationale d’Open Access impliquerait pour le domaine public des reproductions numériques mises en ligne en accès libre, en haute définition, sous CC0, sans redevance ni autorisation préalable.
Elle demanderait un cadre clair et simplifié pour les œuvres encore sous droits concernant l'enseignement, la recherche, la médiation ou les usages non commerciaux .
Passer de “nous protégeons le patrimoine en contrôlant les images” à “nous protégeons le patrimoine en le rendant massivement accessible et réutilisable”, souhaiter que le patrimoine appartiennent à tous, y compris dans l’espace numérique, donner la possibilité de s’approprier les images sans barrières, tout ceci constituerait une avancée majeure.
En outre, faire du patrimoine un bien commun actif et pas seulement un trésor conservé, permettrait de s'aligner sur les grands musées pionniers, tout en renforçant la place et la connaissance des œuvres françaises.
Une politique nationale d’Open Access volontariste, ne serait pas un luxe numérique, mais une mise à jour démocratique reconnaissant que ce qui a été financé par l'impôt doit être, non seulement accessible à tous, mais également une matière première pour l’imaginaire collectif.


Alfred Roll peignant assis dans son atelier, entre 1866 et 1919

La valorisation et la visibilité des collections des musées de la Ville de Paris sont un axe prioritaire de la politique de Paris Musées.
Le site des collections, lancé par Paris Musées en 2016 et constamment amélioré depuis, permet la mise en ligne et la diffusion nationale et internationale des reproductions numériques des œuvres.

La licence CC0 ? La licence Creative Commons Zero (CCØ) est une licence libre Creative Commons permettant de copier, modifier, distribuer et représenter l’œuvre, même à des fins commerciales, sans avoir besoin de demander l’autorisation.
Paris Musées indique ainsi qu'il n'y a pas de restrictions concernant les droits d'auteurs du fichier numérique représentant les œuvres appartenant déjà au domaine public. Cette licence garantit le libre accès et la réutilisation par tous des fichiers numériques, sans restriction technique, juridique ou financière pour un usage commercial ou non. Ce corpus comprend donc des reproductions d'une œuvre dont l’auteur (ou les auteurs) est (sont) décédé(s) depuis plus de 70 ans, durée au-delà de laquelle son œuvre passe dans le domaine public et qui est la reproduction d’un bien culturel bidimensionnel dont l’auteur est mort depuis plus de 70 ans, laquelle reproduction est réalisée par un photographe ayant autorisé Paris Musées à placer cette photographie sous Licence Ouverte ou par un photographe salarié de Paris Musées.

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